Bruce Springsteen – Stade Roi Baudouin – 12 mai 2003

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“Oui, Madame, avec plaisir. Bonne après-midi à vous aussi”. Tchac. Vivement 17h. J’en ai marre d’être poli. Fichtre, à la fin. Saperlipopette, même ! Oui, soyons fous. Surtout que dans quelques heures, j’ai un rendez-vous. Pas n’importe lequel, ceci dit. Un certain Bruce Springsteen m’attend. Et bizarrement, cela ne me fait ni chaud ni froid. Pourtant, l’excitation aurait pu grimper au fil de la journée. Allez, rien que ce matin, tiens. Je pars au boulot. Avec un sourire exceptionnel. Celui d’un lundi matin. Et devant le stade, déjà une flopée de camions s’activent. Déchargement du matériel au programme. Courage, les gars.

Puis le midi, je repasse dans l’autre sens. Pour manger un petit bout. Bien mérité, merci. Et déjà, une centaine de fans rôde. Jamais croisé autant de t-shirt à l’effigie du Bruce en si peu de temps. Le noyau dur des admirateurs arrive donc en masse. Et les voitures s’entassent. Là où elles peuvent. Les parkings. Et les petites rues.

“It’s Boss time” sur une vitre arrière. Des auto-radios qui crient. Des sourires. Des canettes. Tout va bien. Quartier gentiment en effervescence.

Mais je ne me sens pas concerné. Pas encore du moins. Pourtant, je fais des efforts. Si si. Je dois être de mauvaise humeur. Oui, ça doit être ça. Encore que…peut-être que c’est tout ce côté populo qui m’agace ? Va savoir.

En plus, il pleut depuis des heures. Pour un concert en stade le soir-même, ça n’annonce bien, mes enfants. Et ils en remettent une couche au bureau. “Tu vas voir Bob Springsteen, tantôt ?”
….euh…Bruce, Anita, Bruce… “pas de chance avec le temps, hein !”. Zen, soyons zen. A tout prix. Faisons comme si j’avais rien entendu. Pour une fois.

Puis de toute manière, oui, je vais voir Springsteen. Et toi, t’iras rejoindre Johnny. Chacun son truc. Sommes-nous différents pour autant ? Je le croyais. Jusqu’à il y a encore quelques minutes. Parce qu’en repassant pour la xème fois, aujourd’hui, devant ce même stade, je m’aperçois que le public pourrait être celui de Johnny.

Il y a pas mal de similitudes après tout. Si on enlève les fans, les vrais, le reste est celui de n’importe quel gros concert. Pourraient même pas citer 3 albums de l’artiste en question. Mais viennent pour le truc. Ze big thing. Of the day, pour certains. Of the year, pour d’autres. “Ouais, born in the usa, j’adoooore”.

Et puis Springsteen & son e-street band en plein air, c’est toute une image aussi. Surtout ? Je dois sans doute être tombé dans le panneau. Comme tout le monde. On achète un ticket. On sait pas trop pourquoi. Mais on sent qu’il le faut. Ne rater ça sous aucun prétexte.

En plus, c’est à 7 minutes à pieds de chez moi. J’aurais bien pu l’inviter à venir boire l’apéro, tiens. Mais j’ai perdu son numéro. Ou ai-je donc la tête ? Tanpis pour lui. Sait pas ce qu’il rate. Ce sera pour la prochaine fois.

Par contre, vite, rechercher un k-way. Flambant vieux. Tout mauve. Club de foot de Wemmel. La classe, je vous dis. Me manque plus qu’une petite bière, et c’est la totale.

Et cette redoutable pluie qui vient enfin de se calmer. Profitons-en. Quelques enjambées et me voici donc aux abords du lieu saint. Une foule très impressionnante. Encore plus dense qu’à la
Coupe du Monde. Ca sort de tous les coins. Par flots continus.

Valérie est déjà à l’intérieur depuis des heures. Dans la première fosse, la veinarde. Avec les gens du milieu. Les concernés. Les vrais de vrais. Moi, je suis situé dans la seconde. Quelques mètres plus loin. De sacrés longs mètres.

Où me placer ? Entassés, c’est bien. Quand on est tout devant. Mais bon, tel n’est pas le cas. Donc, je me balade. Stand t-shirts. Par ici la monnaie. Un tour vers la gauche. Un vers la droite. C’est du pareil au même.

Un petit coup de fil à mon père. Il arrive. Allez, c’est mon jour de bonté, je vais l’attendre. Au son des Vines diffusés par la sono. J’aime bien les Vines. Ca fait du bien par où ça passe. Toujours, le rock & roll. Avec une telle fraîcheur, c’est encore meilleur. Putain de bon groupe, tiens. I feel good.

Et justement, voilà, mon cher père qui arrive avec Dominique. Il ne m’a pas encore vu, le bougre. Et il a l’air en forme. Tout enjoué. Chouette vision. Ca fait plaisir. Hey ! Je suis content d’être là, tout d’un coup. Come on everybody !

Allez, carpe diem. Plus que quelques minutes d’attente. Public relativement calme. Comme au cinéma. Non, comme au théâtre, plutôt. Et voici, justement, l’acteur principal qui déboule sur
scène. Tout seul. Avec sa guitare sèche.

Entrée en scène classique pour cette tournée. Solo et acoustique. Par contre, le morceau diffère de ville en ville. Nous, les petits belges, avons droit à … roulements de tambours… “the river” !

Et disons-le, tout de suite. C’est tout bonnement extraordinaire. Ni plus ni moins. Enfin, si. Plus. Un Springsteen seul devant 50.000 personnes. Et qui chante “the river”. Avec une voix touchante à souhait. Guitare. Harmonica. Et c’est à couper le souffle. Complètement renversant de la première à la dernière note.

“We’d go down to the river and into the river we’d dive oh down to the river we’d ride”

Je suis à des kilomètres de lui. Le voit en tout petit. Comme un playmobil. La coupe de Mireille Mathieu en moins. Mais avec une aura magique. Et dire qu’il y a encore quelques heures, je faisais la moue. La moue. Pas de jeux de mots, merci. Il y a un moment pour tout. Ici, on ne rigole plus.

Nous venons de passer, que dis-je, de vivre 5 minutes événementielles. J’aurais très bien pu partir après ceci. Tout venait d’être dit à l’instant. Je suis choqué. Dans le sens positif. Mais choqué.

Le E-Street band envahit à son tour la scène. Mais il manque quelqu’un. Où est donc Madame ? Patti est restée au pays, nous annonce Bruce. Pour garder les enfants. Grand bien leur fasse.

One, two, three. Et voici la grosse artillerie. Steve Van Zandt et Nils Lofgren aux guitares. Clarence Clemons au sax. Section rythmique composée de Max Weinberg et Garry Tallent. Ainsi
que Roy Bittan aux claviers et une charmante violoniste.

Rien de neuf au bataillon en somme. Si ce n’est donc l’absence de Patti et de Danni Federici. Par contre, ce son, leur fameux son, reconnaissable entre tous, est lui bien présent.

Balancé en un clin d’oeil. A 5, on y va. Un, deux, cinq ! Et voilà donc 2 extraits du dernier album. Les 2 singles en fait. “the rising” et “lonesome day”. Et c’est…attention superlatif en vue…pelant. Tout simplement. Ca sonne daté. Springsteen chante à tue tête. Il met la gomme. Ses acolytes suivent. Tant bien que…bien. Rien à dire. Mais la sauce ne prend pas.

Suffit à peine de 2 ou 3 couplets pour décrocher. Pourtant sur disque, aucun problème. L’écoute se fait avec un plaisir immense. Mais pas aujourd’hui. Pas de cette manière. Ca sonne plus pop que rock. Pas de folie à proprement parler. Tout est calculé. Bien en place. Trop bien.

Et ça s’enchaîne à la queuleuleu. Avec maintenant un extrait de Born In The Usa. Presque 20 ans en arrière. “darlington county”. Et c’est l’ambiance assurée. Grâce au refrain surtout. Sha la la la
la la la la la. Avec Clemons qui fait des siennes au sax. Et le public qui entend enfin ce qu’il connaît. Tout le monde chante. Chouette alors. Trop sympa, le Bruce.

Mais qu’est-ce que je m’ennuie, dis donc. Et à un point, t’as pas idée ! Et tout cela avait si bien commencé avec “the river”, nom de dieu. Comment a-t-il pu passer de l’un à l’autre ?

Et ça me met mal à l’aise, en plus. Je pourrais faire semblant de rien. Mais ne soyons pas aveugles. Quelque chose cloche. La machine fonctionne, ça, oui. Seulement, elle semble fatiguée.

Il y a peut-être l’un ou l’autre musicien en trop ? Une guitare ? Ou ce clavier ? Who knows. Franchement, je l’ignore, mais du nerf, bordel ! Parce que là, je commence sérieusement à me demander ce que je fous là.

“something in the night” (’78) et “empty sky” se révèlent du même acabit. Réellement accablants. Et il y a toutes ces visions aussi. Springsteen qui arpente la scène en long et en large. Jeans. Gros bras. Regards appuyés aux premiers rangs. Des poignées de mains par ci, des clins d’oeil par là. Et blablabla.

Autant en salle à Gand en ’99, ce type de show m’avait plu, autant, aujourd’hui, ça a le don de me pomper l’air. C’est trop. Beaucoup trop. Il n’y a pourtant aucun artifice. Mais les ficelles sont grosses comme des maisons. Ca pue le show pour stades américains. Avec arrivée du groupe en limousines. Et tutti quanti. Et non frutti, hélas.

Et pourtant, ils peuvent être si simples aussi. Une tripotée de e-street men (sans Bruce, ceci dit) a été aperçue la veille même au concert de Bob Log III au Botanique. Retour aux sources.
Qu’ils en prennent de la graine, que diable. Un régime light serait le bienvenu.

Suffit de demander en fait. Après “you’re missing” de dernier toujours, voici “waitin’ on the sunny day”. Et enfin, on relève la tête. Avec le sourire. C’est de la chanson. Une vraie bonne. Sans chichis. Avec un refrain très gentil. I’m waiting for a sunny day. Gonna chase the clouds away. Sages paroles, Bruce. Et enfin, il se repasse quelque chose. Digne de “the river”. Une certaine osmose. Hors du temps. Carrément. We are one, comme dirait l’inénarrable Prince.

Et il aurait raison. Tout le monde est convaincu, cette fois. Tout arrive. Mais c’est mérité. Des milliers de bras levés. Et un Springsteen qui rallonge le morceau. Pour faire chanter le public. Son public. Effet garanti. Très impressionnant. Une telle foule. Une telle ampleur. Vraiment scotchant.

Mais l’attention – la tension ! – retombe rapidos. “two hearts”, “no surrender”, “worlds aparts”. Mais merde, Yann ! T’es sûr que t’aimes Springsteen finalement ? … euh… si si, je te jure. Mais ce n’est pas de ma faute, bon sang. Qu’est-ce que j’y peux si je me sens rarement touché, ce soir ?

Pourtant, le Bruce, je pourrais l’écouter en boucle. Mais en faisant ma sélection. Il y a des morceaux trop bateaux, trop hit parade. Un juxe-box vivant. Mais qui ne se contrôle plus. On y a mis trop de fric. Et il lui arrive de déborder.

Et de retrouver son chemin parfois. Comme sur un nouvel extrait de l’album Darkness On The Edge Of Town. Avec “ballads”. Suivi de “out in the street”. O joie. Clemons souffle. Et il a du coffre, le gaillard. Ca roule, cette fois. Et on se prend au jeu. Avec un réel plaisir.

Je veux participer. Sauter. Crier. Chanter. Danser. Suer. Et Bruce s’en charge à merveille. Il prend son élan, sprinte et se laisse glisser sur les genoux. Yeah. Une fois, trop cool. Deux fois, cool. Trois fois, putain, le con. Il connaît pas ses limites. Et c’est dommage.

Parce qu’une fois de plus, ça gâche le plaisir. Certains trouveront que “waow, c’est génial, une bête de scène, le Boss”. Mais allez, un peu de bon sens, quand même ! Soyons objectifs, bande de.

Euh… une autre fois peut-être. Parce que voilà ma préférée de la cuvée 2002. “mary’s place”. Une nouvelle machine de guerre, signée Springsteen. Il n’y a que lui pour écrire des trucs pareils. Ce type de morceaux fonctionne au quart de tour. Et il parvient sans mal à faire monter la sauce à coup de “are you reaaaaady ?”. L’ambiance monte peu à peu de plusieurs crans.

Et le Bruce le sent. Un coup d’oeil aux tribunes. “It’s too dawn cold to sit down !”. Hops, tout le monde se lève. Et il surenchérit. “Two things were needed for a house party” beugle-t-il d’une voix éraillée. “The music had to be righteous…and the crowd had to lift up their belgian ass !”

Putain. Ces 50.000 personnes ont enfin pigé le truc. Nous sommes à un concert de rock. Faut le vivre comme tel, bordel. Ho ! On n’est plus à l’école, hein. Faut tout vous dire ou quoi ? Vous les sentez, enfin, ces frissons tant attendus ? Profitez-en bien. S’il-vous-plaît, bien entendu.

Et il tente de garder tout le monde debout avec “the promised land”. Pas de problème, de toute manière, je suis déjà debout. Mais si jamais il y a avait une chaise à 100 mètres à la ronde, je te jure que je m’y serais précipité. Suite à un ennui mortel.

Le gros son Springsteen eighties ne passe plus la barre. L’est recalé le Bruce. Et son show pour ménagères de moins de 50 ans, il peut se le garder. On le voit même faisant de la gymnastique à présent. La tête en bas. Les jambes en l’air. A la verticale le long du pied de micro.

Waow, je suis épaté. Tu parles, Charles. Heureusement, on se dirige vers le premier rappel. Et pour y arriver de la plus belle des manières, il choisit “4th july asbury park”. Suite à une demande d’une demoiselle qui faisait le guet ce week-end devant son hôtel bruxellois. En voilà une idée qu’elle est bonne. Surtout avec un tel cadeau à la clef. Nous voilà donc plongés 30 ans en arrière. Ce morceau est de toute beauté. Somptueux à l’époque. Et tout autant aujourd’hui. Si pas plus.

J’ai presque mal au coeur de devoir subir toutes les lourdeurs précédentes pour assister ensuite à de tels moments de bonheur. L’un ne va sans doute pas sans l’autre. Souffrir pour être heureux.
Faut pas trop demander, mais si on pouvait zapper la première partie pour ne garder que la seconde, ça m’arrangerait. Ainsi va la vie.

Et ainsi va le rappel. Qui commence par un premier extrait de Born To Run. “night”. Et une fois n’est pas coutume, on attend la suite. Enfin, “on”… Suis-je donc le seul à l’avoir mauvaise à ce point ? J’espère sincèrement que non. Mais à voir mes voisins, j’ai quelques doutes.

Parce que, oui, c’est la fête. Oui, on applaudit. Oui, on chante. Juste les refrains, faut pas déconner. Et oui, on s’amuse. Avec Bob Springsteen. Mais putain, et une fois cette étape franchie, hein ? Qu’est-ce qu’il reste ? Et les détails, doux jésus ? Voyez pas qu’ils sont à côté de leurs pompes, ce soir ? Le Bruce de Nebraska, où est-il ? De “light of day”, de “my hometown”, de “american skin”, de The Goast Of Tom Joad, de “war”, hein ? Où il se cache, bordel ?

Et ta mère, Yann. Ferme-là, t’es gonflant. Et laisse la place à Bobby Jean. Oops. Volontiers. Surtout quand il est interprété comme cela. Pour une fois, on retrouve la mélodie propre à Springsteen. La mélancolique. Celle qui te touche plus que de raison. Par sa simplicité. Par sa force aussi. Une joie de vivre. Mais camouflée. Et d’autant plus perceptible. Et crédible. D’où l’effet dévastateur.

Et on oublie toutes ces images. Sympathiques. Mais à court terme. Du genre à trois devant un micro. Bruce qui pique des sprints de droite à gauche de la scène. Ou cette fâcheuse tendance à s’exprimer entre les morceaux…non pas en parlant, mais en beuglant d’une voix éreintée. Beurgh, aussi. Un peu à la Steve Marriott. Mais en plus costaud. En version mâle.

Evidemment, le clin d’oeil à la Belgique fait son effet. Un Manneken Pis disposé sur le piano. Et il porte bien son nom, parce qu’en effet, il pisse en plus. C’est rigolo. C’est “sympa”. C’est gentil. Mais c’est grotesque.

Ca veut jouer la carte de la convivialité. McCartney s’amène avec un drapeau belge. Springsteen avec un Manneken Pis. Et puis quoi ? Les Stones inviteront Plastic Bertrand ? Allez,
un peu de sérieux, s’il vous plaît.

Enfin, là, où ça devient quand même marrant, c’est qu’à cet instant précis, il recommence à pleuvoir. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, cette pluie est la bienvenue. Un cadeau venu du ciel. Pour briser cette lourdeur ambiante.

Hey, baby, we were born to run. Mais pas entre les gouttes. J’enfile donc mon splendide capuchon mauve. Et profite de ce titre comme il se doit. Très grand morceau. Fond et forme. 1975. Grandiose. Une sorte d’euphorie ambiant envahit ce stade Roi Baudouin. Ah si seulement, elle pouvait y rester.

Hélas, la suite rock&rollesque, le “detroit medley” se révèle trop long. Trop de cafouillages. Un enchaînement sur les chapeaux de roue de “blue dress”, “good golly miss molly”, “cc rider” et de “jenny jenny. L’intention est bonne. Mais ce n’est pas suffisant. Ce premier rappel se termine donc dans une cacophonie assez déconcertante.

Un coup d’oeil à l’heure sur mon gsm…et hops, vous avez un nouveau message. J’en suis ravi, merci, Mademoiselle. C’est mon père. Il est déjà sorti. Et, pour une fois, je le comprends, le
fou. L’est à la taverne d’en face. J’irai le rejoindre pour boire un verre. Laissez moi juste quelques minutes.

Surtout ne jamais quitter un concert avant sa fin, telle est ma devise. Ca fait 2h30 que je suis là dans ce stade. En k-way minable. Sous la pluie. En regardant un écran. Et en appréciant réellement le tiers du quart du spectacle. Mais sait-on jamais. Le meilleur est peut-être encore à venir. Le plaisir vient à la fin en général.

Et mon dieu, si j’avais su. Voici les premières notes de “my city of ruins”, 9è et dernier extrait de The Rising. Et la magie de “the river” du début est retrouvée. Et décuplée à l’infini. C’est tout bonnement ahurissant d’émotion. Une émotion palpable à l’oeil nu. Elle est devant nous. Le groupe tout entier est transformé. Divinisé. Les voix s’entremêlent. Entre elles. Et avec la nôtre. Come on, rise up.

Sincèrement, je suis bouleversé. Je me sens tellement bien à cet instant. Grâce à Bruce. A Bruce Springsteen. Le Boss, paraît-il. La gorge serrée et les larmes qui montent. J’ai besoin d’air. Et je respire. Plus que d’habitude. Comme à la mer. Pour aspirer le plus d’ondes positives.

Nous sommes 50.000. Mais il s’agit d’une énorme moment de solitude. Chacun est entré dans sa bulle. Comme si le temps s’était arrêté. Je n’oublierai jamais ces 10 minutes. Jamais.

Et vivement que cela se termine d’ailleurs. Finir sur une telle touche d’humanité serait fabuleux. Il joue juste “land of hope and dreams”. Oui. Bravo. Et un dernier pour la route. “dancing in the dark”. And singing in the rain, en ce qui me concerne. Je suis là, carrément à l’opposé de la scène. Dans le but adverse. Il pleut des cordes. Et je danse comme un fou. De joie.

Franchement, comment pourrait-il en être autrement ? Je viens il y a à peine un petit quart d’heure de vivre un moment tellement intense. Comme une sorte d’histoire d’amour. Ephémère, certes. Mais sans embûches, sans compromis et qui se termine bien. “my city of ruins” qu’elle s’appelle. Rien que pour ça, je serais venu.

Pas le temps de vraiment s’en remettre. Et ils quittent la scène. Pas trop tôt, les mecs. Les gens semblent contents. Tant mieux après tout. Mais ils ne sont pas difficiles. Ces gens-là.

Parce que oui, la grâce est bien passée par Bruxelles ce soir. Mais par intermittence. Comme la pluie. Fallait juste la saisir au bon moment. Et ne pas la voir là où elle n’était pas.

Mais c’est bel et bien fini. Un dernier verre avec mon père. Pas très enjoué non plus. Lui, pas le verre. On est sur la même longueur d’ondes. Pour une fois. Ca me rassure. Une petite marche, et me voici rentré. Bien au chaud à la maison.

Par la fenêtre, je vois au loin les lumières du stade. Et les hélicos qui tournent. Au-dessus de ma tête.

Je ne parviens pas à dormir. Le coeur qui bat la chamade. Trop d’émotions. Bruce vient de me parler pendant 3 heures. Et je n’ai pas répondu.

Putain, le con.

Au loin la lumière.

Bruce Springsteen – Bruxelles – 12 mai 2003

Yann

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