Alvvays look on the bright side of life

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C’est dans une Orangerie blindée et moite de chez moite que les Canadiens d’Alvvays sont venus présenter leur troisième album. “Blue Rev”, sorti à l’automne dernier, a remis les natifs de Toronto sur la carte de l’indie pop et leurs passages bien trop rares dans nos contrées ont sans doute contribué à remplir la plus grande salle du Botanique plusieurs semaines à l’avance.

À l’origine réservée à Ex-Vöid, la première partie a finalement été confiée à Katie Malco. Loin d’être une débutante, elle a roulé sa bosse en compagnie notamment de Julien Baker, Fenne Lily et The Joy Formidable avant de publier “Failures”, un premier album solo qui fête pile ses trois ans ce soir. Faites le compte, il est sorti en plein confinement, un mauvais timing qu’elle prendra avec philosophie et humour. Prolixe et peu avare en anecdotes, elle conversera abondamment entre les morceaux tout en réaccordant systématiquement sa guitare.

En débarquant sur scène, on a failli la confondre avec Weyes Blood. Même coiffure lissée, même tailleur pantalon blanc immaculé et même sourire communicatif. Mais contrairement à l’alter ego de Natalie Mering, elle se produit seule et dévoile ses délicates compositions d’un naturel désarmant. Parallèlement, elle sait également monter dans les tours sans perdre la moindre once d’attention d’un public captivé. On retiendra également cette cover à tomber de “Cloudbusting”, initiée une grosse année avant le retour en grâce de Kate Bush. Lors de son prochain passage à Bruxelles, ses musiciens devraient être de la partie. On se réjouit de découvrir ça…

Molly Rankin garde sans doute un souvenir amer du dernier passage d’Alvvays en Belgique. C’était au Trix en septembre 2017 lors de la tournée en support d’“Antisocialites”. Pendant le concert, un spectateur passablement éméché était monté sur scène et avait essayé de l’embrasser. Une situation intolérable qui avait mené Ken Veerman, le boss de la salle, à réagir via un communiqué officiel condamnant sans aucune autre forme de procès ce type de comportement.

Si rien n’indique que l’expérience en question a refroidi les ardeurs du groupe au point de rentrer en hibernation pendant près de cinq ans, sa réputation n‘a entre-temps fait que grandir, expliquant en partie l’engouement ayant conduit au sold out quasi instantané de l’Orangerie. “Blue Rev” (du nom de l’alcopop préféré de la chanteuse et de la claviériste durant leurs jeunes années) a beau pâlir de la comparaison avec ses deux prédécesseurs, il n’en demeure pas moins un album consistant, bourré de pop songs dont ils ont le secret.

C’est d’ailleurs avec deux des meilleurs extraits de ladite plaque qu’ils démarreront leur set, générant autant de ressentis. “Pharmacist” semble ainsi avoir été sacrifié sur l’autel de mixage pour permettre à l’ingé-son de peaufiner ses réglages. Car à partir d’“After The Earthquake”, la balance ne bougera plus et mettra en avant la voix sucrée de la blonde chanteuse au top rouge flashy qui démarrera le concert une basse entre les mains. Un peu plus tard, elle récupérera sa guitare fétiche pour former avec son compère Alec O’Hanley à sa droite un redoutable duo (ce sont par ailleurs les compositeurs exclusifs du groupe depuis le départ du bassiste Brian Murphy).

Si l’on y ajoute les synthés et les chœurs de Kerri MacLellan à sa gauche, on obtient à peu de choses près le son Alvvays, complété par le batteur chevelu Sheridan Riley et la nouvelle bassiste Abbey Blackwell à l’arrière-plan. Un son indie catchy inspiré autant par la pop sixties (les harmonies vocales) que l’indie nineties (les guitares). On pourrait les retrouver à mi-chemin entre les Dum Dum Girls et Wolf Alice lorsque l’environnement devient plus nerveux.

Le public, particulièrement enthousiaste, réagira au quart de tour et contribuera à l’atmosphère surchauffée de la salle. On remarquera une préférence marquée vers les extraits d’“Antisocialites”, accueillis dès les premières notes comme des hymnes (“In Undertow”) ou chantés à l’unisson (“Not My Baby”). Même si, bien entendu, le morceau qui générera le plus de dégainage de smartphones sera l’imparable “Archie, Marry Me”, le hit qui les a révélés voici dix ans.

Un titre introduit par “Fourth Figure”, le court morceau caché (sur les versions physiques en tout cas) de “Blue Rev”, quelque part entre lyrisme et dream pop. Un nouvel album qu’ils interpréteront dans son intégralité, histoire de ne pas avoir traversé l’Atlantique pour rien. Sur scène, des titres comme “Very Online Guy” bardé de nappes synthétiques et “Pomeranian Spinster” dans l’esprit punky de Blondie sortent du lot, au même titre que l’irrésistible “Pressed”.

En revanche, “Tom Verlaine” (en référence au leader de Television décédé en début d’année) et “Belinda Says”, placés en milieu de set, s’avèreront moins percutants. D’autant que les versions restituées sur scène ne se démarquent pas foncièrement de celles enregistrées en studio. Une question de temps, sans doute. Cela n’empêchera pas un excellent “Easy On Your Own” de faire excellente figure lors du triptyque final, coincé entre un rêveur “Dreams Tonite” et un entêtant “Saved By A Waif”. Le tout ponctué par le nom du groupe en lettre géantes tremblotantes projeté sur l’écran à l’arrière de la scène, à l’instar du concept visuel sporadiquement diffusé pendant la soirée.

Ils n’allaient toutefois pas en rester là, revenant pour un rappel de trois titres entamé par “Atop A Cake”, entraînant extrait du premier album. Les deux autres étant ceux de “Blue Rev” non encore joués, basés sur une structure sensiblement similaire. Entamés de manière délicate, “Velveteen” et “Lottery Noises” partent ensuite dans des contrées nerveuses qui émoustilleront un public aux anges. Quelques instant plus tard, ce même public dévalisera littéralement le stand merchandising, formant une queue rejoignant presque celle du bar. Une dévotion exemplaire…

SET-LIST
PHARMACIST
AFTER THE EARTHQUAKE
IN UNDERTOW
MANY MIRRORS
VERY ONLINE GUY
ADULT DIVERSION
NOT MY BABY
HEY
TOM VERLAINE
BELINDA SAYS
BORED IN BRISTOL
FOURTH FIGURE
ARCHIE, MARRY ME
POMERANIAN SPINSTER
TILE BY TILE
PRESSED
DREAMS TONITE
EASY ON YOUR OWN
SAVED BY A WAIF

ATOP A CAKE
VELVETEEN
LOTTERY NOISES

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