Earth to Eels

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N’en déplaise aux sceptiques (dont nous faisions partie), il n’a vraiment pas manqué grand-chose à Eels pour remplir Forest National. Pas la version club ou une autre configuration intermédiaire, non. Carrément la grande salle. Un public fidèle avait en effet rejoint le temple bruxellois pour écouter la bonne parole de Mark Oliver Everett qui avait deux albums publiés pendant la pandémie à défendre.

Deux autres albums, inédits et pressés exclusivement pour l’occasion, n’étaient disponibles qu’au stand merchandising de ce bien nommé Lockdown Hurricane Tour. Un stand merchandising particulièrement achalandé et pris d’assaut dès l’ouverture des portes. Tellement que les deux exemplaires de “Gentle Souls (2021 KCRW Session)” avaient déjà trouvé acquéreurs à notre arrivée. Caramba ! Va pour “Live At Largo” alors, enregistré à Los Angeles accompagné de P-Boo au piano.

C’est donc semi-déçus mais pas résignés que l’on s’est dirigés vers la scène, bien déterminés à en découdre avec The Inspector Cluzo. Ici aussi, les mauvaises langues doutaient de l’association mais force est de constater qu’elle a fonctionné à merveille. Il faut dire que le duo français (ils proviennent des Landes, ne leur parlez surtout pas de Paris…) roulent leur bosse dans le milieu depuis une quinzaine d’années et viennent de publier leur huitième album. Sans surprise, “Horizon” respecte la ligne de conduite qu’ils se sont imposée depuis le départ, à savoir rester 100% indépendant.

Une philosophie qu’ils appliquent également au quotidien puisqu’ils gèrent une ferme où biodiversité, écologie et autarcie ne sont pas de vains mots. On pense juste aux animaux qui doivent tirer une drôle de tête lorsqu’ils répètent dans une grange le volume dans le rouge. Pareil ce soir, les premiers rangs en ont pris plein la figure et le son parfait (assez rare que pour être souligné en première partie d’un concert à Forest) ont contribué à une demi-heure d’une intensité folle. Entre un massif guitariste barbu à la voix rugueuse et un batteur chétif qui passe pas mal de temps devant son instrument en amusant la galerie, la complicité est totale.

Rock‘n’roll jusqu’au bout des ongles (certains titres renvoient vers des riffs chers à ZZ Top alors qu’un couplet de “Rockophobia” parle de l’engin d’Iggy Pop), le duo se concentrera essentiellement sur ses nouvelles compositions. Parmi celles-ci, “Running A Family Farm Is More Rock Than Playing Rock ’n’ Roll Music” résumera parfaitement leur état d’esprit quelque peu vénère par rapport à certaines multinationales. Ceci dit, le final “Put Your Hands Up” les verra, comme à l’accoutumée, déglinguer leur matos, contraignant le batteur à jouer debout sur sa grosse caisse retournée. Avant une chorégraphie en final qui démontrera combien ces Rockfarmers ne se prennent clairement pas au sérieux derrière une cause sociétale qui, elle, l’est plus que jamais…

Prolifique à souhait, Mark Oliver Everett aka E a enregistré deux albums sous le nom de Eels pendant la pandémie. L’excellent “Earth To Dora” et son irrésistible clown sur la pochette tout d’abord, sorti en octobre 2020 suivi d’“Extreme Witchcraft”, co-produit par John Parish, en janvier 2022. Il aurait déjà dû venir nous présenter cela l’an dernier mais tout a été décalé de douze mois pour les raisons que l’on sait. C’est dans le second nommé qu’il puisera d’ailleurs presqu’exclusivement le début de la set-list, l’entamant au moyen des nerveux “Steam Engine” et “Amateur Hour”.

Le premier sommet de la soirée sera toutefois à mettre sur le compte d’“Anything For Boo”, splendide comptine convenant à merveille à sa voix légèrement rocailleuse. Coïncidence ou pas, c’est à partir de ce moment qu’il s’accompagnera d’une guitare, ne la laissant de côté qu’à de rares occasions. Sa longue barbe tranche avec un magnifique veston rose bonbon, une couleur largement présente sur la pochette de son dernier album. Ses musiciens la joueront nettement plus sobre, arborant un élégant costume satiné gris taupe, une chemise blanche et un nœud papillon. Ces derniers assureront également parfaitement les chœurs, comme sur l’entêtant “The Gentle Souls”.

Derrière eux, un décor interactif inspiré d’un paysage montagnard nocturne et une pleine lune en son centre. Une pleine lune qui prendra tout son sens sur le troublant “Climbing To The Moon” et se transformera judicieusement en planète Terre le temps de “Good Night On Earth” notamment. Ceci dit, elle servira surtout de capsule destinée à diffuser de temps à autre les caricatures des musiciens lorsque ceux-ci atteindront par exemple l’objectif santé correspondant aux 10.000 pas quotidiens, nouveau délire d’un Mark Oliver Everett qui n’a absolument rien perdu de son sens de l’humour. Le batteur Little Joe sera d’ailleurs le premier à le dépasser lors d’un “Trouble In Dreams” ralenti et méchamment noisy, lui permettant d’ôter son veston.

Pendant le pourtant très retenu “Who You Say You Are”, l’ampli du leader rencontrera de sérieux ratés, contraignant les musiciens à meubler quelque peu pendant que les roadies s’affairaient à régler le problème. Entre blagounettes, conflit entre Westmalle et Westvleteren et jam session improvisée, ils parviendront à maintenir l’attention des spectateurs. Ceux-ci deviendront ensuite complètement dingues sur l’écorché “That Look You Give That Guy” suivi d’un hyper intense et réarrangé “The Deconstruction” sur lequel le guitariste The Chet atteindra lui aussi son objectif sportif.

L’actualité de Eels, c’est également la réédition en vinyle des trois albums publiés en 2009 et 2010 (“Hombre Loco”, “End Times” et “Tomorrow Morning”) mais seul le premier d’entre eux sera visité via notamment un introspectif “All The Beautiful Things”. Moment choisi par le groupe pour monter la température en balançant un “Dog Faced Boy” qui verra la leader troquer sa guitare pour des maracas.

On connait l’appétence du groupe pour les covers et celles-ci ne manqueront pas à l’appel. Si le “Me And The Boys” de NRBQ et le “Watcha Gonna Do About It” des Small Faces égaieront le début de set, la curiosité sera à n’en point douter cette surprenante combinaison entre le “You Really Got Me” des Kinks et les paroles de “My Beloved Monster”, un extrait du premier album de Eels. Un album sur lequel on retrouve bien entendu “Novocaine For The Soul” auquel le public réservera un triomphe.

Entre-temps, le guitariste prendra à son compte une autre cover (“Drummer Man” de Nancy Sinatra) à l’attention de la fille du batteur, présente via smartphone interposé. La fin du set sera marquée par un enlevé “I Like Birds” et un “Are We Alright Again” en formule presque supporter de foot lors duquel le bassiste obtiendra lui aussi son brevet du jour. Quant au retenu “Baby Let’s Make It Real”, on était surpris de le voir à cet endroit.

Les rappels seront quant à eux divisés en deux. Une version majoritairement acoustique de “Last Stop: This Town” servira de teaser à un bloc de trois titres supplémentaires dont le magistral “Earth To Dora”. Mais au fait, qui est Dora ? Visiblement son ingé lumière dont la supposée caricature apparaîtra au cœur de la lune. Un puissant “Wonderful, Glorious” fera ensuite le boulot avant une ultime cover, “God Gave Rock ‘n’ Roll To You” d’Argent repris dans les 90’s par Kiss. Point final d’un concert marathon qui n’a toutefois pas permis à l’ami E d’atteindre ses 10.000 pas. Il a cependant touché le cœur des spectateurs et ça, cela vaut tous les objectifs du monde…

SET-LIST
STEAM ENGINE
AMATEUR HOUR
ME AND THE BOYS
WATCHA GONNA DO ABOUT IT
GOOD NIGHT ON EARTH
ANYTHING FOR BOO
JEANNIE’S DIARY
3 SPEED
THE GENTLE SOULS
TROUBLE WITH DREAMS
WHO YOU SAY YOU ARE
THAT LOOK YOU GIVE THAT GUY
CLIMBING TO THE MOON
THE DECONSTRUCTION
ALL THE BEAUTIFUL THINGS
DOG FACED BOY
MY BELOVED MONSTER / YOU REALLY GOT ME
DRUMMER MAN
NOVOCAINE FOR THE SOUL
I LIKE BIRDS
ARE WE ALRIGHT AGAIN
BABY LET’S MAKE IT REAL

LAST STOP: THIS TOWN

EARTH TO DORA
WONDERFUL, GLORIOUS
GOD GAVE ROCK ‘N’ ROLL TO YOU

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