La Rotonde de Deerhoof

11 Participations

Sans actualité discographique récente, les Californiens de Deerhoof ont investi la Rotonde du Botanique pour une prestation haute en couleur…

Mais il s’agissait surtout d’arriver bien à temps pour la première partie signée Lewsberg, des Hollandais dont on commence à parler abondamment. Sans explication rationnelle, la réédition récente de leur premier album publié voici dix-huit mois dans l’indifférence quasi générale a changé leurs vies. Ils se sont ainsi retrouvés à ouvrir pour Stephen Malkmus & The Jicks avant de se distinguer tant au Micro Festival à Liège qu’à l’AFF à Genk en l’espace de vingt-quatre heures.

Emmené par un immense chanteur guitariste qui raconte ses textes à la manière d’un Lou Reed, le quatuor embrasse sans surprise l’univers New Yorkais du Velvet Underground. Ceci dit, Television et les Talking Heads ne sont pas loin non plus. Dans un passé plus récent, on pourrait les associer à Parquet Courts, mais les subtils chœurs de la bassiste (qui joue pieds nus) apportent une touche délicate qui les distinguent de la bande à Andrew Savage.

Aussi glaciales que leur attitude rigide, les compositions prennent aux tripes (les imparables “The Smile” et “Non-Fiction Writer” en tête), d’autant que les parties instrumentales hypnotiques les propulsent dans une dimension supérieure. Et à ce niveau-là, on ne peut qu’acclamer le travail de l’excellent guitariste dont l’instrument répond du tac au tac à celui du leader. À tel point qu’au terme de l’impeccable “Terrible”, un goût de trop-peu s’est fait ressentir…

“Mountain Moves”, le dernier album de Deerhoof, date déjà de 2017. S’ils n’ont officiellement rien dans le pipe-line, ils s’offrent une mini-tournée européenne qui pourrait célébrer le vingt-cinquième anniversaire du groupe. En effet, ce soir, aucune bribe de nouveau titre ne sera jouée mais ils remonteront le temps jusqu’à leur première plaque, “The Man, The King, The Girl” de 1997.

Ils entameront toutefois leur set avec deux titres récents hésitant entre M.I.A. (“Paradise Girls”) et Blondie (“I Will Spite Survive”). Frais et sautillants, ils permettront surtout à la chanteuse Satomi Matsuzaki de prendre ses marques. Une chanteuse assez timide qui passera le plus clair de son temps à triturer sa basse tout en se lançant dans des chorégraphies dignes d’un cours d’aérobic.

En tout cas, le batteur Greg Saunier se retrouvera d’emblée dans son trip. Le genre de gaillard qui martyrise son kit simplifié (cinq éléments seulement dont une immense cymbale) d’une rage décuplée pour un effet dévastateur… Mais l’expansif guitariste Ed Rodriguez ne sera pas mal dans son genre non plus avec un déguisement de super-guitar-hero, une abondante chevelure et des grimaces expressives. Tout le contraire de son alter-ego à gauche de la scène, John Dieterich, qui passera le concert sagement assis sur une chaise.

La particularité d’un concert de Deerhoof, c’est qu’il peut partir dans tous les sens à n’importe quel moment. Imprévisibles et explosives, certaines compositions affolent dangereusement le décibelomètre (“Exit Only”, “Breakup Songs”) alors que d’autres, déroutantes, collent avec la réputation déjantée du groupe (“Bad Kids To The Front”, “Believe E.S.P.”). En revanche, on est moins friands de leurs expérimentations d’inspiration free jazz (“Mountain Moves”, “Chandelier Searchlight”) qui amplifient l’aspect enfantin et énervant de la voix de Satomi.

Mais dans le même temps, on ne peut que s’incliner devant leur faculté d’improvisation. Le batteur allant jusqu’à transformer virtuellement ses mains en baguettes pendant qu’Ed Rodriguez tentait vainement de brancher une guitare défectueuse avant de finalement emprunter celle du leader de Lewsberg. Cette dernière participera à la vision particulièrement noisy de “We Do Parties” en clôture du set principal.

À son retour sur scène, le batteur décidément bien en verve prendra le micro pour un long speech ayant pour thème la… gastronomie. Une petite parenthèse avant de retourner derrière ses fûts pour un “The Perfect Me” aussi bancal que déstructuré, synthèse parfaite de cette première sortie de la saison à la Rotonde.

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