Nuits du Bota 2021: la plénitude de Sophia

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La quatrième fois aura été la bonne pour Robin Proper-Sheppard qui a enfin présenté officiellement le nouvel album de Sophia sur scène dans le cadre des Nuits du Bota. Accompagné de ses jeunes loups affamés et chauds comme la braise, il a signé une prestation d’une rare intensité à l’Orangerie.

Le parcours de Float Fall, le groupe choisi pour introduire la soirée, ressemble à tout sauf à un long fleuve tranquille. Jugez plutôt. En 2012, le duo originaire de Leuven ramène la médaille de bronze du Humo Rock Rally (remporté cette année-là par Compact Disk Dummies) avant de décrocher un hit mondial avec “Someday” et de signer dans la foulée chez The Cherry Party, un sous-label de Sony. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et la collaboration s’avère finalement stérile.

C’est désormais PIAS qui s’occupe de leur destinée discographique et qui publiera ce 24 septembre le premier album du groupe composé de Rozanne Descheemaeker et de Ruben Lefever. Tous deux se produisent assis, elle derrière ses claviers, lui armé de sa guitare devant un magnétophone à bandes vintage qui connaitra quelques ratés durant leur prestation. Paradoxalement, ce sont des bidouillages électroniques contemporains qui prennent le dessus. Couplés à la zenitude de leurs compositions, ils rendent l’ensemble assez proche de l’univers de The xx, sensiblement accentués par la voix de Ruben. Celle de Rozanne renvoie quant à elle à Portland et pose les bases d’une délicate dream pop aérienne.

Le dernier album de Sophia, “Holding On / Letting Go”, aurait dû voir le jour en avril 2020, soit juste avant sa prestation aux Nuits du Bota. Une certaine pandémie passant par là, les deux événements ont été postposés de quelques mois. Si l’album est bien sorti en septembre dernier, il a donc fallu patienter jusqu’à ce week-end pour enfin le voir décortiqué sur scène.

Lors d’un double concert en solo acoustique début juillet à Leffinge, Robin Proper-Sheppard nous avait confié qu’il ne jouerait aucun nouveau morceau avant d’avoir la possibilité de le faire avec son groupe. Sachant qu’il attendait cette date du Botanique de pied ferme, on vous laisse imaginer son état d’excitation et sa détermination au moment de monter sur scène.

Cela s’est d’ailleurs instantanément vérifié via les deux premiers titres du set, similaires à ceux de la nouvelle plaque. Emmené par une basse d’enfer et une guitare déchaînée, “Strange Attractor” fera tellement grimper la température que Robin cassera déjà une corde sur “Undone. Again.” juste après. Deux titres impeccables sur disque qui deviennent tout simplement irrésistibles sur scène. Un peu plus tard, les cuivres d’“Alive” et de “Wait” les rangeront dans la même catégorie. Finalement, parmi les nouvelles compositions, seul “Road Song” peinera à se démarquer.

À l’exception du batteur, chaque musicien dispose d’un micro et l’utilisera à foison, sans toutefois empiéter sur la voix de leur boss.  En parlant du batteur, le fidèle  Jeff Townsin étant actuellement bloqué en Angleterre (merci les mesures Covid…), il est remplacé ce soir par Christophe Claeys (Balthazar, Mark Lanegan). Au sein du backing band, on retrouve notamment Bert Vliegen, aperçu récemment à la basse chez Whispering Sons et le guitariste Jesse Maes, expressif comme à sa bonne habitude. Au total, pas moins de six musiciens accompagnent Robin dans son trip jouissif.

Un Robin anormalement taiseux dans un premier temps, qui va plutôt se concentrer sur son sujet et nous donner de premiers frissons lors d’un majestueux “I Left You”. À ce propos, l’utilisation de cordes et particulièrement d’un violon sublimera une bonne partie de la set-list, “Birds” et “Ship In The Sand” en tête. Mais un rêveur “The Desert Song” ne sera pas en reste, ponctué par un final toutes guitares en avant dont le groupe a le secret.

Et c’est bien ce qui fait la force de Sophia. Alterner délicatesse et puissance avec une facilité déconcertante, parfois même au sein du même morceau. “Bastards” en sera un parfait exemple, juste après un “So Slow” réarrangé dont le pouvoir émotionnel reste intact vingt-cinq ans après sa sortie. Pointons encore le toujours aussi efficace “Oh My Love” et un incroyable “It’s Easy To Be Lonely” en crescendo qui mettra en exergue la dextérité de tout le personnel sur scène en guise de final du set principal. De jeunes loups affamés, on vous disait…

Les rappels continueront dans la même veine via un efficace “Resisting” suivi d’une version noisy comme on les aime de “We See You (Taking Aim)”, sans doute le titre le plus emblématique de “Holding On / Letting Go” et dont le volume sera poussé dans le rouge. Une conclusion parfaite qui connaîtra un prolongement inattendu car Robin remontera seul sur scène, encouragé par des applaudissement insistants. Il retrouvera par la même occasion la parole et se fendra d’une somptueuse version acoustique de “Lost (She Believed In Angels…)”. Ou comment magnifier une prestation déjà parfaite jusque-là.

SET-LIST
STRANGE ATTRACTOR
UNDONE. AGAIN.
I LEFT YOU
IF ONLY
ALIVE
WAIT
BIRDS
SHIP IN THE SAND
THE DESERT SONG
ROAD SONG
OH MY LOVE
SO SLOW
BASTARDS
THERE ARE NO GOODBYES
IT’S EASY TO BE LONELY

RESISTING
WE SEE YOU (TAKING AIM)

LOST (SHE BELIEVED IN ANGELS)

Photos © 2021 Olivier Bourgi

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