MAYHEM – Daemon

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A ceux qui regrettent le bon vieux temps où le métal extrême était vraiment dangereux, nous pouvons les rassurer : Mayhem est de retour. Mayhem… Peu de groupes rock peuvent revendiquer une histoire aussi dramatique (et tragique) que celle de Mayhem. Le plus célèbre des groupes black metal norvégiens a en effet pour lui d’être une pierre angulaire du black et avec Venom et Bathory, un fondateur du genre. Mais il est aussi connu pour son histoire compliquée, marquée par l’épisode atroce du meurtre de son leader et fondateur Euronymous par Varg Vikernes, qui avait été bassiste invité sur les sessions du premier et mythique album ʺDe mysteriis dom Sathanasʺ en 1994.

Pour ceux qui veulent connaître en détail le passé de Mayhem, ils peuvent visionner le film ʺLord of chaosʺ (2018), qui raconte l’histoire de ce groupe qui se livrait aussi à des incendies d’églises. Ce film est néanmoins assez controversé, notamment par les membres restants de Mayhem, au premier rang desquels figure le bassiste Necrobutcher, seul membre fondateur encore actif dans le groupe de nos jours. Il faut d’ailleurs se demander pourquoi l’industrie du film hollywoodienne a sorti ce film, qui intéresse à la base une poignée de fans de black metal, alors qu’un film sur Metallica ou Led Zeppelin serait infiniment plus rentable pour les finances des studios de cinéma grand public.

Tout ceci n’empêche pas Mayhem de continuer sa route, puisqu’il sort ces temps-ci son sixième album, correspondant aussi au 25e anniversaire de la sortie du premier et fondamental ʺDe mysteriis dom Sathanasʺ. Six albums en 35 ans d’existence (Mayhem a effectivement été fondé en 1984), ce n’est pas beaucoup mais enfin, si tout le monde a passé son temps à se découper au couteau et à croupir au trou pour incendies d’églises, il ne faut pas s’étonner qu’il y a aussi quelques blancs dans l’emploi du temps de Mayhem…

Mais aujourd’hui, toute cette terrible épopée semble loin du Mayhem actuel, qui a trouvé une stabilisation de ses effectifs autour de Necrobtucher (basse), Hellhammer (batteur du groupe depuis 1988), Attila Csihar (le chanteur du premier album, revenu dans le groupe en 2004) et les nouveaux guitaristes Teloch et Ghul qui fêteront bientôt leurs dix ans de présence dans Mayhem. Et cinq ans après un ʺEsoteric warfareʺ pas toujours pleinement apprécié par la critique, Mayhem revient avec ce ʺDaemonʺ qui marque un retour à la férocité et à la détermination des premiers jours. Le groupe revient à ses racines et commet un nouvel album qui va chercher son inspiration directement à la source de l’esprit qui animait ʺDe mysteriis dom Sathanasʺ.

Certes, ce nouvel album se tourne vers le passé mais il distille aussi une certaine modernité, ne serait-ce que dans son impeccable production, signée Necromorbus (alias Tore Gunnar Stjerna). Les hommes de Mayhem ont aussi donné beaucoup de leur science et de leur talent dans l’écriture des nouvelles chansons, qui contribuent à bâtir un album rude et impitoyable, hanté par des chansons jamais linéaires mais très changeantes dans leur structure, alternant des passages rapides, des blast beats furieux et des riffs tourmentés. Les guitaristes Ghul et Teloch inondent l’espace de décibels puissants et massifs, toujours contrôlés par une section rythmique imprenable savamment gérée par les vétérans Necrobutcher et Hellhammer, plus en forme que jamais du haut de son demi-siècle.

ʺWorthless abominations destroyedʺ et ʺOf worms and ruinsʺ sont les deux morceaux sortis en singles, redoutablement efficaces du fait de leur brièveté (moins de quatre minutes), les autres chansons dépassant toutes ce seuil mais ne s’aventurant jamais au-delà des six minutes. Le groupe y gagne donc en concision et en puissance évocatrice, notamment sur ʺFalsified and hatedʺ ou ʺDaemon spawnʺ et ʺInvoke the oathʺ qui frappent l’imaginaire avec des arrangements glaçants de synthés. ʺAgenda ignisʺ, ʺMalumʺ et ʺBad bloodʺ ont un aspect plus dramatique et présentent un jeu de basse magnifique de maîtrise et de dureté. Quant à Attila Csihar, il n’a jamais aussi bien martyrisé ses cordes vocales, alternant des geignements de goule moribonde et des vocalises râpeuses versant soudainement dans un chant opératique sans aucune perte de puissance ou d’intensité.

Ajoutons à cela une pochette d’album remarquable, avec cette sorte d’ange déchu entouré d’un monstrueux serpent, dans un contraste de lumières rappelant les peintures du Caravage. Impressionnant.

Il semble donc, au vu de ces développements, que nous tenons ici un excellent album de black metal, peut-être le meilleur de l’année pour ce genre de musique, et que nous avons un retour en force de Mayhem qui sort ici d’une véritable résurrection. Ignifugez les églises, c’est reparti comme en 92 !

Le groupe :

Necrobutcher (basse)
Hellhammer (batterie)
Attila Csihar (chant)
Ghul (guitare)
Teloch (guitare)

L’album :

ʺThe Dying False Kingʺ (03:45)
ʺAgenda Ignisʺ (04:34)
ʺBad Bloodʺ (04:58)
ʺMalumʺ (05:05)
ʺFalsified and Hatedʺ (05:48)
ʺAeon Daemoniumʺ (06:03)
ʺWorthless Abominations Destroyedʺ (03:48)
ʺDaemon Spawnʺ (06:02)
ʺOf Worms and Ruinsʺ (03:48)
ʺInvoke the Oathʺ (05:33)

https://www.facebook.com/mayhemofficial/

Pays: NO
Century Media
Sortie: 2019/10/25

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