MONSTER MAGNET – A better dystopia

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Le monde va mieux, Monster Magnet revient avec un nouvel album. Et lorsque le groupe de Dave Wyndorf remonte à la surface pour nous faire partager le fruit de ses nouveaux travaux, c’est toujours la garantie d’un voyage dans les confins du gros son stoner et des fumées cosmiques du psychédélisme. Cela fait trente ans que ça dure et il n’y aurait pas de raison que ça s’arrête de sitôt. Tout dépend pour cela de la bonne santé du sieur Wyndorf, patron incontesté de Monster Magnet qui célèbrera en octobre prochain son 65e printemps. Mais le solide chanteur du Magnet, qui avait échappé à la faucheuse en 2006 suite à une overdose de médicaments, semble avoir conservé pour l’éternité une âme d’adolescent. C’est ce que démontre le nouvel album de Monster Magnet, qui est en fait un album de reprises.

L’album de reprises est bien souvent pour un artiste ou un groupe une façon d’exposer son univers musical profond, à travers les chansons qui ont forgé le caractère des musiciens au moment de leurs années formatrices, celles de l’adolescence, justement. Comme Dave Wyndorf avait 14 ans en 1970, on voit arriver le truc gros comme un camion. Avec son implication dans le rock lourd, cosmique et psychédélique qui a fait la stature de Monster Magnet, on comprend vite que Dave Wyndorf va nous faire tripper ici dans le son pesant du proto-métal et du rock psychédélique le plus épais de la fin des années 60 ou du début des années 70. Et vu la culture musicale du bonhomme, on se doute bien qu’on ne va pas avoir affaire ici à de banales reprises de Led Zeppelin ou de Deep Purple. Et en effet, ce qui nous attend ici est tout simplement délicieux pour l’amateur de raretés heavy psychédélique de la période bénie 1966-1973.

Je n’ai plus d’empreintes digitales à force de m’être frotté les mains de satisfaction en attendant la parution de ce nouvel album de Monster Magnet, un ʺA better dystopiaʺ qui va nous donner une leçon de rock lourd et obscur. On verra également que Dave Wyndorf et son groupe ne nous ont pas uniquement prévu des vieux trucs des Sixties et Seventies mais qu’ils ont également rendu hommage à quelques combos plus récents. À vos cahiers, c’est parti pour le cours d’histoire.

Monster Magnet fixe immédiatement la teneur des propos psychédéliques avec une petite introduction de son cru (ʺThe Diamond mineʺ) où Dave Wyndorf élucubre des paroles fumeuses dont il a le secret. La poussée des moteurs de la fusée qui part pour la galaxie heavy rock nous dératise déjà les tympans avec une énorme reprise de ʺBorn to goʺ, titre figurant à l’origine sur le premier album live d’Hawkwind, le fameux ʺSpace ritual liveʺ (1973). On est ici encore en terrain relativement connu mais l’ésotérisme musical ne va pas tarder à se manifester avec ʺEpitaph for a headʺ, fantastique reprise de J.D. Blackfoot, un musicien de Cleveland dont les deux premiers albums sont de petites perles de rock psychédélique heavy et fumant. On est alors en 1970 et la reprise jouée ici date du premier single de J.D. Blackfoot, paru en 1969. Premier des deux groupes contemporains présents sur cet album, The Scientists sont célébrés avec une reprise de leur ʺSolid gold hellʺ. Enfin, quand je dis contemporain, c’est une façon de parler. Si les Scientists existent toujours (ils vont même sortir un nouvel album en juin prochain), ce groupe australien remonte quand même au début des années 80. Après avoir disparu au début des années 90, il revient aux affaires cette année, ce qui devrait être intéressant.

Autre monstre sacré bien connu, Pentagram est également revisité par Monster Magnet à travers la reprise de ʺBe forewarnedʺ, venant du troisième album de 1994. Les pures obscurités Seventies déboulent ensuite, avec des versions carrées et sanglantes de ʺMr Destroyerʺ (Poobah, excellent groupe de l’Ohio dont les trois premiers albums entre 1972 et 1979 sont des tueries), ʺWhen the wolf sitsʺ (Jerusalem, cultissime groupe anglais dont le premier album de 1972 a été produit par Ian Gillan de Deep Purple), ʺSituationʺ (Josefus, autre groupe américain qui brillait dans un hard rock psychédélique ayant trouvé son sommet dans les 17 minutes de son morceau ʺDead manʺ, extrait de l’album du même nom paru en 1970), ʺLearning do dieʺ (Dust, encore un combo ricain légendaire dont le deuxième album ʺHard attackʺ de 1972 posait les premières pierres du heavy metal) ou – en bonus – ʺWelcome to the voidʺ (Morgen, auteur d’un unique album en 1969, totalement affolant de psychédélisme lourd et cosmique, avec le chanteur Steve Morgen qui était allé à l’école avec Lou Reed).

Là où Monster Magnet montre sa culture pointue en matière d’occultisme garage rock, c’est en déterrant ʺIt’s trashʺ un morceau des Cave Men, combo archi-inconnu venant de Floride et ayant commis un unique single en 1966, avec ce titre qui est avec le temps devenu un habitué des compilations garage punk sixties. Dave Wyndorf montre également sa largesse d’esprit en intégrant un autre morceau d’un groupe anglais, et pas des moindres puisqu’il s’agit des Pretty Things et de leur chanson ʺDeathʺ, extraite du bien connu album ʺS.F. Sorrowʺ de 1968. Mais la surprise vient de l’intégration d’une reprise d’un morceau datant de 2015 et provenant d’un microscopique combo anglais ignoré de tous, à savoir Table Scraps et sa chanson ʺMotorcycle (Straight to hell)ʺ. Comment Dave Wyndorf a-t-il pu découvrir ce groupe ? Tout simplement en l’ayant pris comme groupe de première partie lors de la tournée de promotion de l’album ʺMindfuckerʺ en 2018. Ceux qui étaient allés voir Monster Magnet au Dépôt de Leuven le 28 mai 2018 peuvent s’en souvenir.

On va terminer en soulignant que le son de cet album est tout simplement monstrueux, les versions sont jouées dans le respect des originaux, les guitares de Phil Caivano et Garrett Sweeny fauchent tout sur leur passage, le fidèle batteur Bob Pantella cartonne sur les tambours et le vénérable Dave Wyndorf est en grande voix. Il serait dommage de louper cette leçon d’histoire du rock underground en provenance d’un groupe qui est lui-même désormais un monument historique.

Le groupe :

Dave Wyndorf (chant)
Phil Caivano (guitare)
Garrett Sweeny (guitare)
Bob Pantella (batterie)
Alec Morton (basse)

L’album (et les groupes originaux) :

ʺThe Diamond Mineʺ (1:58)
ʺBorn to Goʺ (5:46) – Hawkwind
ʺEpitaph for a Headʺ (2:08) – J.D. Blackfoot
ʺSolid Gold Hellʺ (3:27) – The Scientists
ʺBe Forewarnedʺ (3:26) – Pentagram
ʺMr. Destroyerʺ (5:40) – Poobah
ʺWhen the Wolfʺ Sits (4:57) – Jerusalem
ʺDeathʺ (2:58) – Pretty Things
ʺSituationʺ (2:15) – Josefus
ʺIt’s Trashʺ (2:10) – The Cave Men
ʺMotorcycle (Straight to Hell)ʺ (3:23) – Table Scraps
ʺLearning to Dieʺ (6:27) – Dust
ʺWelcome to the voidʺ (3:21) – Morgen (bonus)

https://monstermagnetofficial.bandcamp.com/album/a-better-dystopia
https://www.facebook.com/monstermagnet

Pays: US
Napalm Records
Sortie: 2021/05/21

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