PRÓCHNO – Próchno

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En polonais, próchno veut dire bois pourri, ce qui en dit long sur l’optimisme de ce groupe Próchno qui pratique un post-punk tribal minimaliste et tantrique. Accrochez-vous à vos fauteuils ou prenez un rendez-vous avec votre psychiatre habituel parce que Marcel Gawinecki (basse, synthés et chant), Bartosz Leśniewski (guitare et chant) et Artur Sofiński (percussions) vont vous emmener vers des territoires sonores dont on ne revient pas intact.

Pour son premier album éponyme (précédé du guilleret single ʺZ kosą przez las/Ponad chmuramyʺ), Próchno nous sert une musique essentiellement basée sur des sensations, un truc qui remonte du fond des tripes avec un battement régulier et hypnotique faisant appel aux percussions et à des nappes de guitare ou de claviers indistincts. La musique est d’ailleurs un peu à l’image de la pochette, qui représente un tas de branches plantées au milieu d’une forêt. Oui, cette musique est assez forestière, avec ses titres évoquant la nature profonde (ʺKamienieʺ, les cailloux ; ʺZ kosą przez lasʺ, avec une faux à travers la forêt ; ʺChmuryʺ, les nuages), ses rythmiques tellement grossières qu’elles font penser à des morceaux de bois frappés sur des troncs d’arbre et ses ambiances païennes laissant entrevoir des danses de bûcherons devenus fous au fin fond de clairières oubliées de la civilisation.

Le premier titre ʺNa stacjach i torachʺ (aux stations et aux pistes) fait penser à un Kiling Joke qui serait retourné à l’état de nature du côté de la grotte de Lascaux. Sa suite ʺ1908ʺ n’est qu’un effroyable grincement strident de deux minutes alors que ʺKamienieʺ insuffle une ambiance à la fois terrifiante et morbide, rythmée par des tambours épais et insistants. Et là, il y en a pour plus de neuf minutes… Pour nous remettre, un petit ʺZ kosą przez lasʺ de huit minutes va nous replonger exactement dans le même bain, histoire de varier les plaisirs et au cas où on n’aurait pas tout compris du morceau précédent. On fait une petite pause avec ʺChmuryʺ et ses deux minutes de volutes synthétiques atonales avant de nous faire achever par les ondulations électroniques hélicoïdales de ʺChodź, no chodźʺ (allez, viens), huit minutes d’association malfaisante entre une batterie répétitive et des synthétiseurs cosmiques.

Bon, après ça, vous avez le choix. Soit vous réécoutez l’intégrale de Pierre Boulez et d’Edgar Varese réunis pour achever votre descente dans une gouffre sonique infini, soit vous remontez à la surface en urgence avec un best of de Dalida ou des Compagnons de la Chanson. Sinon, c’est trois mois de clinique en Ruthénie subcarpathique, il n’y a rien d’autre à faire.

Pays: PL
Gusstaff Records
Sortie: 201903/22

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