RACE, Hugo & RUSSO, Michelangelo – John Lee Hooker’s world today

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Le 22 août dernier, John Lee Hooker aurait eu cent ans. On a un petit peu raté ce centenaire, honte à nous, mais il y en a un qui s’en est souvenu, c’est Hugo Race. Ce musicien australien à la carrière aussi longue que tourmentée a quelques galons bien cloués sur les épaules. Il a fait ses débuts chez Nick Cave & The Bad Seeds et il a passé les trente dernières années à se constituer une carrière solo volatile et dense (également par le biais de son Hugo Race & True Spirit), à laquelle il faut ajouter de multiples projets avec des musiciens du monde entier. Car là où Hugo Race déplace ses bottes, il ne manque jamais de trouver un musicien partageant les mêmes conceptions musicales subtiles, ainsi qu’un studio où graver un petit disque en ce sens.

Ici, c’est en Allemagne qu’Hugo Race est venu se perdre, plus précisément dans les studios de Boris Wilsdorf, bruitiste attitré des fameux Einstürzende Neubauten. Avec son camarade Michelangelo Russo, un ancien du True Spirit, Hugo Race y a concocté un album de reprises de John Lee Hooker. J’en vois déjà qui s’imagine que ce “John Lee Hooker’s world today” va être un classique album de blues du Delta, prévisible jusque dans ses moindres chuchotements d’harmonica ou tressautements de guitare. Eh bien, pas du tout. C’est mal connaître le caractère aventureux et l’imagination fertile d’Hugo Race. L’homme a au contraire choisi de redonner de nouvelles couleurs à quelques morceaux de ce bon John Lee, en leur imprimant un caractère né de sa propre sensibilité. Autrement dit, on ne va pas vraiment rigoler ici, avec cette série de morceaux déclinés avec une lenteur monacale et une profondeur abyssale, hantés par une atmosphère quasiment lunaire et post-apocalyptique. Hugo Race nous avait déjà donné un aperçu de cette capacité à revisiter John Lee Hooker selon cette ambiance très personnelle, avec une reprise du “Boogie chillen” qu’il avait joué à Bruxelles et écoutable sur un Live in Brussels 1992 réédité l’année dernière par le label polonais Gusstaff Records.

Ici, c’est toute une collection de grands titres transcendés par la voix caverneuse et désabusée d’Hugo Race qui s’offre à nos oreilles émerveillées. La succession des morceaux révèlent une logique chronologique, une progression vers un destin inévitable, une course vers la postmodernité. On démarre avec l’enfant fugueur de “Hobo blues” pour terminer avec “When my first wife left me”. En cours de route, on se démonte les tympans et on déstructure nos souvenirs de “Love blues”, “Serves your right to suffer”, “Decoration day”, “The world today”, “The Motor City’s burning” (également joué par les MC5 sur leur premier album) ou “Country boy” pour les reconstituer à l’aune d’interprétations sidérantes, comme une remise à jour des tristesses du blues aux conditions de notre monde moderne encore plus désespérant.

Dans le genre réappropriation, Hugo et Michel Ange font ici très fort. Et surtout, ils nous font prendre conscience que l’œuvre de John Lee Hooker est appelé à traverser le temps, pour peu qu’on la comprenne dans sa substance première. C’était bien la moindre des choses à faire pour fêter les cent ans du grand John Lee.

Pays: AU
Gusstaff Records
Sortie: 2017/05/19

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