PALATINE – Grand paon de nuit

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Repéré aux Inouïs du Printemps de bourges en 2015, Palatine nous fait découvrir progressivement les atours de son plumage avec son premier album “Grand paon de nuit”. Celui-ci fait suite à l’EP “Bâton Rouge” (2016) qui affichait sans détours des influences américaines, superbement contrebalancées par des textes que seule la langue française peut tresser avec autant de charme et de finesse.

Vincent Ehrhart-Devay, Adrien Deygas, Jean-Baptiste Soulard et Toma Milteau construisent également leur réputation sur scène, avec des premières parties remarquées pour Feu! Chatterton ou Radio Elvis. Mais c’est le Printemps de Bourges 2015 qui met véritablement le pied à l’étrier pour ce groupe parisien qui vient restaurer le prestige de la chanson rock française. Une autre victoire au Chorus Festival des Hauts-de-Seine en 2016 confirme le talent du quatuor, qui remporte ce tremplin comme l’avaient fait avant lui Christine & The Queens et Feu! Chatterton, signe précurseur qui ne trompe pas.

Apportant sa personnalité propre à des influences héritées de Leonard Cohen, Nick Cave, Antony & The Johnsons, PJ Harvey ou Timber Timbre, Palatine nous offre sur ce premier album onze chansons enchanteresses, nonchalantes mais envoutantes, hantées par le chant tendre et lointain de Vincent Ehrhart-Devay, beau parleur et récitant de textes marqués par un romantisme noir (“Comme ce rouge me plaît”, “Ecchymose”). Parfois l’anglais vient nous divertir du chemin francophone (“Bâton Rouge” “Golden trinckets”), nous faisant regretter la subtilité de la langue de Baudelaire ou de Lautréamont, principaux pourvoyeurs de l’influence stylistique de Palatine.

C’est vrai que c’est quand même plus enthousiasmant de goûter à du jeu de mots dans sa propre langue (“Paris-l’ombre”) ou de rêvasser dans des atmosphères désabusées où l’on semble annoncer le déclin des choses avec le sourire (“Marions-nous”). On dira que l’anglais sert à nous emmener du côté du Mississippi (“Bâton Rouge”) alors que le français nous ramène vers les rives sombres de la Seine, où on a l’impression de voir errer les fantômes de Gérard de Nerval ou de Théophile Gautier.

La musique du groupe se veut calme et parfois évanescente, bercée de guitares cristallines et de rythmiques discrètes, servant essentiellement le chant, qui est la grande force de Palatine. Vincent Ehrhart-Devay nous raconte des histoires tristes, nous chante des poèmes gorgés de regrets mais débordants de sensibilité. Au 19e siècle, ce garçon aurait tiré le diable par la queue, la plume tremblante sur le papier jauni, dans une petite chambre sous les toits de Paris, laissant des chefs-d’œuvre ignorés dans des volumes dédaignés par le public. Un poète maudit, en quelque sorte. On souhaite donc à Palatine une reconnaissance un peu plus glorieuse pour ses belles chansons, en espérant qu’il y en aura d’autres de la même saveur.

Pays: FR
Yotanka Records
Sortie: 2018/03/23

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