Black Midi, the real deal

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Au diable le Black Friday, cette année, ce sont les gars de Black Midi qui ont été les plus généreux. Ou en tout cas qui ont permis au Botanique de maintenir leur concert tout en respectant les nouvelles mesures sanitaires désormais en vigueur. Ils ont en effet accepté de dédoubler leur prestation, jouant deux soirs d’affilée devant une Orangerie assise et masquée.

Ils avaient emmené avec eux un duo impossible à googler : O. (si le point suivant la lettre majuscule est essentiel, il ne résout pas l’équation…). Le couple constitué d’une batteuse droite comme un i et d’un saxophoniste baryton n’en est qu’à ses débuts puisque leur premier concert date seulement du mois de juin et qu’ils n’ont encore rien publié, pas même sur les plateformes de streaming.

Le fruit d’une association aussi atypique pourrait en rebuter certains mais force est de constater que leurs compositions instrumentales tiennent la route. Mieux, elles installent un univers enlevé, sublimé par une complicité évidente. Et lorsque de subtiles influences électro les rapproche de Echt! ou de Meute par exemple, on se surprend à taper la mesure, même calé dans notre siège.

Après Squid et Black Country, New Road, le Bota a bouclé la trilogie londonienne de 2021 par leurs compatriotes de Black Midi. Ces derniers ont publié au printemps « Cavalcade », un deuxième album au moins aussi complexe que « Schlagenheim » en 2019. Pourtant, le single avant-coureur (« John L. ») semblait emprunter une direction un rien plus accessible. Mais ce n’était qu’une fausse alerte.

Ceci dit, le line-up du groupe a quelque peu évolué par rapport à leur dernière visite dans la capitale, dans un Beursschouwburg surchauffé en octobre de cette année-là. Le guitariste et membre fondateur Matt Kwasniewski-Kelvin a ainsi fait un pas de côté pour prendre soin de sa santé mentale. Il a été remplacé par deux musiciens de tournée, le claviériste Seth Evans et le saxophoniste Kaidi Akinnibi qui ont également participé aux sessions d’enregistrement de l’album.

Au terme d’un extrait du classique « The War Of The Worlds » de Jeff Wayne, c’est une présentation vocale digne d’un combat de boxe qui a précédé l’entrée du groupe sur scène. Celui-ci va d’emblée balancer des versions musclées de « 953 » et « Speedway » au masque de spectateurs médusés mais particulièrement réceptifs. Deux titres qui vont conditionner la suite d’une prestation pendant laquelle Georgie Greep and co vont faire l’étalage de leur dextérité.

Flanqué d’une veste de training, le leader ressemble à s’y méprendre à Kevin De Bruyne, d’autant que son jeu athlétique et ses passements de jambe en font un sportif complet, du moins en apparence. Assoiffé, il videra non seulement ses bouteilles d’eau mais également celles de ses camarades, le tout dans une théâtralité spontanée. Dans le même ordre d’idées, le saxophoniste quittera la scène à un moment donné pour se retrouver à proximité de la table de mixage, d’où il jouera un titre sans amplification aucune.

À côté d’eux, les autres musiciens paraissent directement plus sages. Même, et c’est une surprise, le batteur Morgan Simpson dont l’énergie décuplée du côté droit de la scène nous avait impressionnés à l’époque. S’il cogne toujours aussi fort lorsque les circonstances l’exigent, il semble s’être assagi quelque peu. En face de lui, le claviériste y ira également de son trait d’humour lors de certains interludes improvisés alors que le bassiste Cameron Picton semble le plus sage de la bande.

Entre puissance et délicatesse, math rock et contours jazzy, intensité et expérimentation, leurs compositions sinueuses regorgent d’idées (« Western », « Chrondromalacia Patella »). Nous sommes en effet en présence de sacrés musicos qui, et c’est ce qu’on pourrait leur reprocher, ont parfois tendance à jouer pour eux. Mais ils parviennent toujours à trouver le riff ou l’accord accrocheur et ainsi éviter de tomber dans la monotonie. Par ailleurs, la voix de Georgie Greep, proche de celle de Tom Fleming (Wild Beasts), se marie à merveille avec ce type de titres alambiqués.

La meilleure preuve réside dans une set-list dont seulement la moitié des titres était extraite des deux albums du groupe. L’autre moitié, aussi exigeante soit-elle lors d’une première écoute, passera comme une lettre à la poste et contribuera à l’équilibre d’une prestation captivante de bout en bout. En fin de set, le brutal et imprévisible « John L. » aurait généré des mouvements de foule si d’aventure l’Orangerie avait été agencée en configuration debout. Quant à « Slow » qui achèvera les débats, il schématisera à lui seul l’esprit Black Midi. Et comme c’est au son du « Kung Fu Fighting » de Carl Douglas qu’ils quitteront la scène, on se dit qu’il est encore bien plus large que l’on pourrait imaginer…

SET-LIST
953
SPEEDWAY
WELCOME TO HELL
DETHRONED
SUGAR/TZU
THE DEFENCE
LUMPS
WESTERN
STILL
EAR MEN, EAT
CHRONDROMALACIA PATELLA
JOHN L.
27 Q
SLOW

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