MERCURY REV pas dans son assiette

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Comme bien d’autres ces derniers temps, Mercury Rev s’est pris au jeu de la relecture en live d’un de ses albums. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de “Deserter’s Songs”, celui qui leur a permis, à la fin des années 90, de passer du statut de prétendant à celui de groupe de rock avec lequel il fallait compter. Et quelle salle autre que le Cirque Royal pouvait accueillir un tel monument dans le cadre des Nuits Botanique… Ceci dit, autant l’environnement était majestueux, autant le public n’a pas vraiment répondu présent. C’était la première (mauvaise) surprise de la soirée. Alors que notre ticket mentionnait “parterre debout”, on s’est retrouvé devant une fosse remplie de rangées de sièges. Mais alors dans ce cas, pourquoi ne pas avoir condamné les balcons afin de masser tout le monde devant la scène ? Cela aurait davantage ressemblé à un concert de rock et les vigiles auraient eu moins de mal à gérer la situation de ceux qui désiraient malgré tout vivre le concert debout comme cela avait été prévu…

Le premier groupe de la soirée à monter sur scène, Royal Bangs, est pour ainsi dire inconnu au bataillon par ici. Pourtant, ces natifs du Tennessee en sont déjà à leur troisième album (“Flux Outside”). Il s’agit d’un trio dont le chanteur a le même timbre de voix que David Bartholomé. Sauf qu’ici, on est dans une puissance qui n’a rien à voir avec la pop de Sharko, alors que les structures des compositions alimentent le débat.


En effet, on a l’impression qu’il manque une ligne directrice commune aux musiciens, ce qui fait ressembler leur set à une jam session parsemée d’expérimentations sonores. Nul ne sait si cela est volontaire, mais toujours est-il que l’auditoire se retrouve dérouté par leur direction assez spéciale. Ils sont en tout cas dans leur trip et lorsque le chanteur laisse tomber son clavier pour apporter une seconde guitare, on est presque séduit, mais le caractère bizarre et brouillon reprend vite le dessus. Pas sûr finalement qu’ils aient été conquis par le public belge… et inversement.

The Walkmen allaient leur succéder et c’était finalement le groupe que l’on attendait le plus de la soirée. Pour les avoir souvent loupés (par exemple lors de leur dernier passage en novembre dernier, on chroniquait Tokyo Police Club au Bota) et surtout car leur dernier album (le cinquième), “Lisbon”, vaut le détour. Ils ont patiemment mis au point un son résolument tourné vers les 60’s porté par la voix qui l’est tout autant d’Hamilton Leithauser, un géant qui porte un costume aussi vintage que ses influences.


Le son tout simplement limpide qui s’échappe des enceintes va contribuer à la perception majestueuse des compositions analogiques et hors du temps que sont “Juveniles”, “Blue As Your Blood” ou l’excellent “On The Water”. C’est incroyable comme on se retrouve transporté dans une période insouciante et pleine de charme que l’on aurait même presque voulu connaître. Mais malgré ces comparaisons (on pense très fort à The Hollies), The Walkmen est bien un groupe de son temps qu’il est indispensable de (faire) découvrir. Prochain passage dans nos contrées, le détour sera obligatoire. Avec le recul, c’était peut-être bien eux les stars du jour…

Petit retour dans le passé. En septembre 1998, Mercury Rev vivote, à l’instar de tant d’autres groupes. Leurs trois premiers albums (entre 1991 et 1995) n’ont pas un impact réel et leur rock expérimental teinté de psychédélisme n’intéresse que les amateurs pointus. Puis arrive “Deserter’s Songs” (porté par le single “Goddess On A Hiway”), qui va définitivement mettre le groupe de Jonathan Donahue sur la carte du rock indépendant, voire même plus. Les journalistes du NME le choisiront d’ailleurs comme leur album de l’année à l’époque.

Mai 2011 voit la sortie d’une édition Deluxe de cet album pivot dans la carrière de Mercury Rev (petit tuyau, les premiers pressages comprennent un CD live en bonus). L’occasion pour eux de ne pas tomber dans l’oubli (leur dernier album en date, “Snowflake Midnight”, date de 2008) tout en se faisant plaisir lors de quelques dates où ils le réinterprètent sur scène dans son intégralité et dans l’ordre des plages.


C’est donc sans surprise que le groupe débute avec “Holes” au milieu d’une quantité astronomique de loupiotes qui vont donner une ambiance intimiste à la soirée. Sur scène, outre les membres habituels (dont un Grasshopper toujours aussi frimeur et démonstratif), on retrouve un second guitariste et un claviériste en support, afin de tenter de reproduire la richesse des sons le plus fidèlement possible (flûte, scie,…). Mais malgré tous ces efforts, le résultat ne sera pas tout à fait celui qu’on attendait…

Si “Tonite It Shows” tient toujours admirablement bien la route, “Endlessly” va en revanche nous faire redescendre sur terre, et ce ne sera pas le seul moment de la soirée (“Hudson Line” et les nombreux intermèdes également). Jonathan Donahue en fait un peu trop et sa manie récurrente de se prendre pour un oiseau a de quoi énerver par moments. Mais heureusement, des titres impeccables comme “Opus 40”, “Goddess On A Hiway” et “The Funny Bird” (en parlant d’oiseau…) vont nous transporter malgré l’émotion relativement limitée qu’ils nous réservent ce soir.


Une très longue (et pas si intéressante que cela finalement) version de “Delta Sun Bottleneck Stomp” va logiquement terminer le set principal (ils n’ont pas poussé le vice jusqu’à interpréter le morceau caché, à l’inverse de Therapy? pour son “Troublegum” à l’AB en novembre dernier). Le groupe est donc logiquement revenu sur scène pour une poignée de titres choisis dans sa discographie. Encore que, c’est une cover assez fidèle du “Solsbury Hill” de Peter Gabriel qui sera d’abord jouée avant que le très vieux “Car Wash Hair” ne rappelle des souvenirs aux fans de la première heure (c’était un single de 1992).

Viendra ensuite un des sommets de la soirée grâce au magnifique “The Dark Is Rising” (la plage d’ouverture du tout aussi beau “All Is Dream” en 2001) avant que les rythmes électro de “Senses On Fire” (le titre le plus récent du lot) n’achève leur prestation de manière presqu’hypnotique. Soyons réalistes, on n’a pas assisté ce soir au meilleur concert de la carrière de Mercury Rev. Cela ne nous empêchera toutefois pas de leur rester fidèle et d’être au poste lors d’une prochaine tournée. Enfin, si la salle correspond à leur potentiel…

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Mercury Rev
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The Walkmen
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Royal Bangs

Photos © 2011 Bernard Hulet

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