La grosse claque de Savages au Bota

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Avec « Adore Life », leur toute fraîche deuxième plaque, les quatre nanas de Savages ont déjà sorti un des albums les plus réussis de ce début d’année. Il nous restait à vérifier si sa transposition scénique allait définitivement les consacrer. Eléments de réponse suite à leur concert ce mercredi 2 mars dans une Orangerie du Botanique remplie à ras bord. Il s’agissait même presque d’une double affiche puisque ce sont leurs amis Japonais de Bo Ningen qu’elles avaient invités en guise de support. Les deux groupes se connaissent bien pour avoir collaboré à de nombreuses reprises et notamment pour l’enregistrement d’un album commun, « Words To The Blind », une effrayante pièce de 37 minutes sur laquelle un poème inspiré du dadaïsme est récité simultanément en deux langues distinctes au beau milieu d’un environnement sinistre.

Il ne fallait donc pas s’attendre à un set conventionnel et cela s’est avéré exact. Emmené par le chanteur bassiste androgyne Taigen Kawabe dont les mimiques et les grimaces valent à elles seules le déplacement, le groupe basé à Londres balance sans concession des compositions complexes d’une violence rare rehaussées d’une touche mélodieuse en filigrane, même si celle-ci ne saute pas à l’oreille directement. Par ailleurs, les cris du leader se fondent dans le moule punk-hard-prog brut dicté par un batteur énergique au faciès de Sensei. Après une demi-heure, on était déjà sans voix (et sans tympans).

Le premier passage des Londoniennes de Savages à l’Orangerie date des Nuits du Bota en 2013, pile une semaine après la sortie de « Silence Yourself », leur premier album acclamé par la critique. À l’époque, la salle était loin d’être complète, contrairement à ce soir, où on ne se souvient pas d’un concert où l’espace vital autour de nous flirtait avec la claustrophobie. La raison est sans doute à chercher du côté de leur excellent deuxième album, « Adore Life », dont les écoutes répétées le rendent indispensable.

On le remarquera d’emblée avec « Sad Person », cet album dégage une tension qui va se retrouver décuplée par le traitement en live qu’elles lui réservent. Il y a bien entendu la voix glaciale de Jehnny Beth, mais la basse ronflante d’Ayse Hassan (qui va littéralement prendre son pied, à défaut d’arborer un large sourire) et la batterie de Fay Milton mise en avant vont transfigurer des compositions comme « Slowing Down The World » ou « Surrender ».

Le seul bémol aura trait à la guitare sous-mixée de Gemma Thompson dont l’instrument se retrouve nettement moins mis en exergue que par le passé. Mais il s’agira d’un reproche tout relatif puisque « She Will » ou « Husbands », par exemple, ne pâtiront aucunement de cette nouvelle vision à la puissance intacte alors qu’un radical « No Face » un peu plus tard nous donnera presque les chocottes. N’oublions pas non plus les jeux de lumières exclusivement blancs et froids destinés à entretenir une inquiétante atmosphère qui leur va si bien (ainsi que d’accentuer leur teint blême).

Jehnny Beth, en forme athlétique ce soir (elle adoptera notamment une attitude de boxeur au moment de monter sur le ring et se lancera dans un stage diving pendant « Hit Me »), s’affirme en tant que leader et sa présence scénique éclipse le fait qu’elle ne s’encombre d’aucun instrument. Elle va ainsi magnifier le déjà excellent « Evil » et accentuer l’urgence d’« I Need Something New », deux des meilleurs extraits d’« Adore Life » dont la pochette exhibe un poing serré vindicatif, à l’image de « T.I.W.Y.G. » (« This is what you get when you mess with love ») ou de « The Answer ».

Ceci dit, derrière cette façade se cache l’âme et la délicatesse d’une femme à fleur de peau qui se dévoile sur le touchant et orageux « Mechanics ». Mais ce sera le troublant et très PJ Harvey « Adore » (« I adore life, do you adore life? ») qui va laisser le plus de traces, malgré l’absence relative de décibels. Ceux-ci vont revenir de plus belle sur l’endiablé « Fuckers » (« Don’t let the fuckers get you down ») qui verra les membres de Bo Ningen progressivement se joindre à elles, débouchant sur un final explosif du plus bel effet. Après un set d’une telle intensité, il apparaît désormais clair que l’Orangerie sera définitivement trop petite lors de leur prochain passage en Belgique…

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