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Paul McCARTNEY, Palais des Sports d’Anvers, 2 Avril 2003

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Tout d’abord une question s’impose- qu’attendre d’un tel concert ? Mes deux grandes sœurs, fans des Beatles de la première heure, l’avaient vu lors de sa tournée précédente en Suisse et m’avaient assuré que c’était le meilleur de concert de leur vie. Elles y avaient hurlé comme les groupies que l’on voit dans ces vieux documentaires sur les déplacements des Fab Four qui provoquaient des émeutes. Une collègue, l’ayant vu au concert de la veille, avait qualifié Paul Mc Cartney de « living legend »…donc effectivement l’attente était grande. Elle m’avait aussi averti que le show durait environ 2h 30, ce qui, soit dit en passant, fut très pratique pour avertir la baby-sitter qu’on serait pas rentré avant 1 heure du matin.
Et puis la route est longue, de Bruxelles à Anvers. Il fallait partir tôt (18h15) de la maison ce mercredi soir, se taper les embouteillages à l’arrivée et au retour dans la zone du Palais.

Une fois garés, nous rejoignons la foule de badauds qui trotte à toute allure vers l’entrée principale. Bizarrement il n’y a qu’une seule petite porte d’ouverte pour quelques milliers de personnes. Un type surélevé aboie quelque chose dans un hygiaphone, mais le brouhaha ambiant empêche d’entendre ce qu’il dit. Enfin, après avoir été fouillés comme il se doit, nous nous asseyons moi et ma fiancée Françoise sur les sièges 2 et 3, rang 7, Bloc 221, zone jaune (« Geel » en V.O.)- tout en haut à gauche par rapport à la scène.

Un écran diffuse les SMS que les spectateurs peuvent envoyer à un numéro spécial en Angleterre. En prime, on peut gagner des places au premier rang. Bref, le lot commun des méga-concerts et du merchandising!
J’essaie donc pour tuer les dix minutes restantes. Je reçois une réponse de Paul lui-même me remerciant et me disant à plus tard. L’attrape-couillon est cependant instructif: on apprend ainsi que des gens sont venus d’Inde pour le voir…et dire que je ne viens que de Bruxelles avec deux tickets à 45 euros seulement…

20h 45 Toujours pas de SMS m’annonçant que je suis l’un des heureux gagnants. Françoise me fait remarquer que des femmes habillées en courtisanes avec perruques façon Barry Lyndon se baladent parmi les gens tout en bas dans le parterre de la salle. Puis c’est au tour de danseurs indiens, de saltimbanques et d’une réplique de l’Opéra de Pékin. C’est la première partie du concert, un peu toc et déconcertante…

21h10: l’ombre de Paul apparaît derrière une sorte de grand auvent blanc, sur fond bleuté dans un enchaînement immédiat. Merci Paul de nous faire grâce des interminables soundchecks de dernière minute !
Puis retentissent les premières notes de « Hello Goodbye ». On voit très bien Paul grâce à l’écran géant. Il est même très bien conservé, le bougre!

La salle se réveille et une grande clameur parcourt le palais. C’est parti pour un show de 2 heures 30, sans pause, à l’exception de celle précédent le rappel final.
Entre chaque chanson, Paul remercie le public, dans un néerlandais approximatif mais qui m’a l’air de tenir la route, plaisante de façon très british, bref sympathise avec la salle. On assiste alors à une véritable machine à remonter son histoire musicale- les Beatles, les Wings (même si “Band on the Run” commence à dater) et Macca en solo sur des morceaux choisis de « Driving Rain », son dernier album de très bonne facture.
Aucune fausse note du coté du groupe qui l’accompagne. On imagine bien que les “jeunes” musiciens ont été trié sur le volet. Chaque membre du groupe y va de son petit laïus. On se serait passé du « You’re a very sexy audience » du guitariste qui démontre l’étendue de son vocabulaire dans sa langue maternelle… Le batteur, qui ressemble à petit génie grassouillet sorti d’une lampe d’Aladin, est impressionnant. Il nous recommande juste de bien nous amuser.

Je me lève de mon siège donc pour danser sur « Jet » et « All My Loving ». Quelle idée n’avais-je pas eue ! Une main polie mais ferme vient me tapoter l’épaule gauche- apparemment je bouche la vue du couple sexagénaire qui se trouve derrière moi. Et puis quoi encore ? Je refuse d’obtempérer, mais je regarde autour de moi – effectivement personne n’est levé à plus de 1000 sièges à la ronde! Ah si, devant la scène, environ 50 personnes, debout, se trémoussent. On dirait presque que Paulo ne joue que pour eux. Je me rassois, un peu déçu, mais ça tombe bien car arrivent des morceaux plus calmes : Paul entonne au yukulélé « Something » de George Harrison (un des instruments fétiches de George, apprend-on de la bouche de Paul) et le temps s’arrête. Même chose pour « My Love » dédiée à feu Linda Mc Cartney.

Paul prend aussi le soin de nous expliquer le contexte historique de certains morceaux.
Je découvre ainsi que « Blackbird » n’est pas une simple chansonnette dédiée à un petit oisillon noir mais un hommage aux femmes noires qui luttaient pour leurs droits civiques à la fin des années 60.

Une demi-heure avant la fin du concert, je décide de tenter de m’approcher de la scène avec Françoise. En bas, nous nous faisons renvoyer sans ménagement dans nos 22 mètres par un molosse de la sécurité, mais nous parvenons à nous faufiler par l’entrée gauche, où nous tombons sur quelqu’un de moins regardant. Finalement nous ne sommes qu’à une dizaine de mètres de la scène quand retentit les première notes de « Hey Jude », chantée sur un piano droit aux couleurs très sixties semblant venu droit de « Yellow Submarine ».

Paul reviendra pour le rappel en agitant un grand drapeau belge, avant de s’éclipser vers 23h40, non sans avoir remercier tout le monde (staff technique inclus) et nous souhaiter « à bientôt ». Il oublie de saluer la sécurité, pourtant omniprésente ce soir…

A la sortie, c’est un enfer pour extirper sa voiture de la zone du palais des Sports.
Tout de même, pensais-je alors, même si Paul arborait ostensiblement pendant une grande partie du concert son t-shirt « No Land Mines », pourquoi n’a-t-il pipé mot sur la guerre en Irak ? Est-il pour ou contre ? Peut-on considérer que « son silence vaut consentement », ou au contraire faut-il déduire de ce t-shirt qu’il s’y oppose? Après tout, peu importe, « the show must go on », commercialement s’entend, et l’entreprise Paul Mc Cartney ne veut peut être pas gêner certaines personnalités politiques britanniques….

PS Que ceux qui ont raté le concert arrêtent de pleurer ! Le DVD en vente (« Back in the US ») est la copie conforme du show de mercredi dernier… encore une illustration de cette logique hyper commerciale qui vient ternir un peu ce à quoi le concert se résumait ce soir là : une soirée très sympathique avec un des derniers représentants des Beatles !

2 thoughts on “Paul McCARTNEY, Palais des Sports d’Anvers, 2 Avril 2003

  • Découvrez un article passionnant sur cet événement exceptionnel, lisez l’article de Zoé de York sur Classic-rock.be : http://www.classic-rock.be/article.php3?id_article=396

    Petite remarque : Mc Cartney est fort peu politisé, il a raison de ne pas faire de remarque à propos de la guerre en Irak, comme beaucoup de Britanniques il pratique le pragmatisme et s’engage dans une action pratique. No more Landmines, association qui avait pour ambassadrice Lady Di.

  • Excellent compte rendu. Le déroulement du show est conforme à l’émission que l’on a pu voir en juin 2004 sur France 2. Elle a été enregistrée lors de la tournée US. Là aussi, il y avait de l’émotion, principalement chez les spectatrices, et un grand professionnel : McCartney himself. Il sait manager son équipe, a un charisme indéniable et a composé des mélodies inoubliables avec John Lennon. Cela ne doit pas faire oublier qu’il pille le répertoire des Beatles comme s’il avait tout fait tout seul. De plus, on ne peut pas dire qu’il innove : cela fait quarante ans que la plupart des chansons existent ! Et vers deux heures du matin, il a failli me faire étrangler quand il a dédicacé “à son ami John” un titre composé peu après sa mort. Non, Sir Paul, pas celle-là, elle ne passe pas ! “Son ami John” ! Il y en a, je vous jure …

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