Concert exceptionnel du MAHAVISHNU PROJECT au Spirit ce 6.11.2004

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Les cinq musiciens présents cette soirée-là ont littéralement émerveillé un public de connaisseurs du répertoire du Mahavishnu Orchestra. Ce groupe, le virtuose de la guitare, John McLaughlin, l’avait monté en 1971 avec quatre autres musiciens de son acabit : Jan Hammer aux claviers, Jerry Goodman au violon, Billy Cobham aux percussions et Rick Laird à la basse. Cette association a fonctionné sous cette forme de 1971 à 1972 et fut une révolution à une époque où le Jazz et le Rock, dans toutes leurs diversités, fusionnaient à partir de l’ouverture que Miles Davis avait orchestrée fin de la décennie précédente avec toute une série de musiciens d’exception, dont John McLaughlin, Herbie Hancock, Chick Corea, Wayne Shorter, Josef Zawinul, Tony Williams, Dave Holland, Bennie Maupin, Lenny White, Billy Cobham, et d’autres encore.

Personnellement, j’ai toujours été attiré par la richesse de cette fusion filant constamment dans une variété infinie de directions, parfois très ardues d’accès, mais intégrant toujours des musiciens aux qualités musicales exceptionnelles et qui ont parfois accomplis le tout grand écart entre les différents genres (Musique Classique, Rock, Jazz, Funk, Musique Indienne, Blues, …).

Lors de cette soirée, les pièces musicales jouées reprenaient surtout le répertoire des albums « The Inner Mounting Flame » de 1971 et « Birds of Fire » de 1972.

Ces pièces, souvent très longues, truffées d’improvisations, n’ont pas été jouées dans un esprit de « copies conformes ». Heureusement d’ailleurs, lorsque l’on sait que ces compositions, toutes de McLaughlin, laissent des espaces colossaux réservés aux improvisations même si elles sont construites sur des thèmes de base relativement bien établis.

A l’époque, avec des musiciens de la carrure de ceux du Mahavishnu Orchestra, les différences d’un concert à l’autre étaient parfois importantes, car si l’inspiration était souvent présente, avec cette vision de fonctionnement, elle ne l’était quand même pas toujours. De plus, dans ses années-là, John McLaughlin était, en plein délire mystique et cette situation particulière stimulait son génie créatif et également celui de son ensemble ; cela créait également des tensions qui, à la longue, devinrent intolérables pour les autres et amenèrent la dissolution de cette version du groupe.

Ce groupe-ci, le Mahavishnu Project, n’est évidemment plus dans cette situation et en devient donc très homogène : on ne se marche pas sur les pieds et cela permet à chaque musicien de s’exprimer. En fait, cela génère le fait que ce répertoire de la première époque est plutôt interprété dans le style plus posé des musiciens de la deuxième et de la troisième époque (Jean-Luc Ponty, Narada Michael Walden, Ralph Armstrong, Gayle Moran et Stu Goldberg). Ce soir, les musiciens, dans un rôle très difficile étant donné la référence de leurs prédécesseurs, ont marqué une personnalité évidente de très bon ton.

Le guitariste Pete McCann n’est pas John McLaughlin. Ni dans son allure, très américaine, ni vraiment dans son jeu. Cela se marque plus particulièrement dans ses solos, différents, mais réellement étincelants quand même. A noter qu’il a travaillé avec Dave Liebman et Randy Brecker.

Le claviériste Steve Hunt est le seul musicien de cet ensemble que je connaissais déjà par ses participations à plusieurs albums d’Allan Holdsworth et l’excellent album de Stanley Clarke « If this Bass Could Only Talk » sorti en 1988. Son jeu, tout en ambiances, respire souvent celui des albums d’Holdsworth dans les années 1980. J’ai peu reconnu le style de Jan Hammer, un musicien que je suis à la trace depuis cette époque. Comme pour McCann, cela ne gênait absolument pas.

Le violoniste Rob Thomas, aux sonorités très pures, relativement classique, m’a semblé plus proche de Jean-Luc Ponty que de Jerry Goodman ; le côté plus sage, je suppose. Il a accompagné l’ex-Police Andy Summers et Tito Puente.

Le bassiste Chris Tarry, plus récemment intégré dans ce projet, marque plus fortement le son que ne le faisait Rick Laird, comme le faisait Ralph Armstrong mais avec des sonorités et une approche de l’instrument plus actuelles. Il a également travaillé avec le guitariste John Scofield.

Le batteur Gregg Bendian, le fondateur et le leader du groupe, qui a d’ailleurs produit le double album « Phase 2 » du Mahavishnu Project, fait plus penser à Dave Weckl et Narada Michael Walden qu’à Billy Cobham. Il est à noter sa très belle composition « Within the Womb of Night » reprise également sur le CD qui n’a rien à envier aux autres parties jouées. Il a collaboré avec Pat Metheny, Ornette Coleman et John Zorn.

Bref, cinq musiciens grandioses à la technique éblouissante, loin d’être des débutants.

Vraiment, tout cela était splendide. L’esprit du Mahavishnu Orchestra était là, avec ses belles compositions, mais avec d’autres brillants exécutants y mettant leurs propres couleurs trente ans après.

Le maigre public, bien installé, ne s’y ait pas trompé et a ovationné ce Mahavishnu Project comme il le méritait. Les deux rappels obtenus ont également ravi ce public.

Le seul album (double) mis en vente, « Phase 2 » de ce Mahavishnu Project vaut l’achat. Par contre, bizarrement, aucun autre album de ces musiciens chevronnés n’était été présenté à la vente. Très dommage !

Grande satisfaction ce soir. Une de plus au Spirit.

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