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MONUMENT OF MISANTHROPY – Unterweger

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Avec un nom pareil, il ne faut pas s’attendre à ce que les hommes de Monument Of Misanthropy nous écrivent de petites chansons douces pour endormir les enfants. Ce groupe autrichien aime au contraire baigner dans les tourments avec un chanteur ayant récemment viré ses musiciens, une partie desquels a considéré que c’était au contraire le chanteur qui était viré, ce qui a donné un temps lieu à l’existence de deux groupes appelés Monument Of Misanthropy, au risque de devoir régler tout ça devant un juge.

Mais finalement, les choses sont rentrées dans l’ordre, le chanteur George Wilfinger conservant son Monument Of Misanthropy alors que le guitariste Jean-Pierre Battesti se repliait dans l’honneur en choisissant Arborescence Of Wrath comme appellation pour son nouveau groupe. Au passage, on aura remarqué que Jean-Pierre Battesti, ce n’est pas très autrichien comme nom. En effet, Monument Of Misanthropy a longtemps reposé sur la coopération internationale, avec des musiciens français et autrichiens ayant uni leurs forces à partir de 2012. On y trouvait donc George Wilfinger au chant, accompagné de Jean-Pierre Battesti (guitare), Romain Goulon (batterie), Joris LeNeutre (guitare) et Eric Jenisset (basse).

Après le premier album ʺAnger mismanagementʺ (2014) et l’EP ʺCapital punisherʺ (2017), la zizanie s’en est mêlée et George Wilfinger a convoqué de nouvelles têtes en 2019 avec les Français Samir Terrack (basse), Cédric Malebolgia (batterie), Shoi Sen (guitare, alias Soikot Ranjan Sengupta) et l’Autrichien Johannes Gatsch (guitare). C’est ce line-up qui met en boîte le deuxième album ʺUnterwegerʺ, concept album sur la triste histoire de Jack Unterweger, le plus célèbre tueur en série du pays de l’impératrice Sissi.

L’histoire de Jack Unterweger n’est pas piquée des hannetons. Arrêté pour un premier meurtre en 1974, il prend une peine de prison à perpétuité. Mais comme ce garçon écrit des poèmes en prison, il attire l’attention de l’élite littéraire autrichienne, dont certains écrivains vont prendre fait et cause pour l’infortuné taulard poète. Parmi eux, Elfriede Jelinek et Günter Grass, aux positionnements politiques radicalement opposés. Si la première affiche une sensibilité de gauche, le second a dû révéler à la fin de sa vie qu’il avait servi dans la Waffen-SS durant la dernière guerre. Toujours est-il qu’en 1990, sous la pression de l’intelligentsia autrichienne, Jack Unterweger est libéré de prison. Considéré comme parfaitement réintégré dans la société, il participe à des émissions littéraires et publie des livres. Mais sitôt sorti des plateaux de télé, il retourne dans les bas-quartiers de Vienne et de Prague pour reprendre ses activités d’étrangleur de prostituées. Il part même en reportage aux États-Unis pour enquêter sur la prostitution à Los Angeles, accompagnant des patrouilles de police dans les rues pour prendre des notes. Et dès qu’il a un peu de temps libre, il zigouille trois prostituées locales avant de repartir en Europe. Il finira par tomber à nouveau entre les mains de la justice en 1992, à la grande stupéfaction de ses protecteurs. Jugé en juin 1994, il est condamné à perpétuité et se pend dans sa cellule le lendemain de son incarcération, à l’âge de 43 ans. Elfriede Jelinek, qui avait contribué à sa libération et par conséquent entraîné la mort de onze femmes supplémentaires, a reçu le prix Nobel de littérature en 2004. On comprend bien que ce n’était pas le prix Nobel de féminisme…

Toute cette aventure a inspiré George Wilfinger qui a composé un album entièrement dédié à ce sinistre personnage. Des intermèdes comme ʺThe strangulation of Silvia Zaglerʺ ou ʺThe strangulation of Blanka Bockovaʺ citent nommément des victimes de Jack Unterweger. ʺDemon of Grazʺ évoque la ville d’origine de Jack Unterweger, tandis que ʺMiami vice – Miami goldʺ parle de l’arrestation du tueur, à Miami lors d’un déplacement avec sa compagne (oui, il avait une compagne qu’il n’a pas étranglée). Deux invités viennent se déchirer la gorge sur deux titres : Julien Truchan (Benighted) sur ʺThe Mysterious Hollywood Hat-Trickʺ et le grand Sven De Calué (Aborted) sur ʺMiami vice – Miami goldʺ. Le death metal joué ici est particulièrement brutal et on reste bouche bée devant les prouesses du batteur qui frappe les peaux plus vite que le son. Néanmoins, les compositions de ʺUnterwegerʺ parviennent à distiller une certaine diversité de tons et d’ambiances, reproduisant bien la tension et la lourdeur qui émergent quand on évoque des histoires de tueurs en série.

Ceci rendra cet album très intéressant pour les amateurs de death metal bien musclé et nerveux. Juste après la sortie du disque, George Wilfinger a procédé à de nouveaux changements de personnel avec le remplacement de sa section rythmique par Paul Nazarkardeh (basse) et Tobias Schmeisser (batterie). Je ne sais pas si les tueurs en série utilisent le death metal pour occire leurs victimes mais avec cet album, on pourrait envisager une autre façon de procéder : la tuerie de masse.

Le groupe :

George Wilfinger (chant)
Samir Terrack (basse)
Cédric Malebolgia (batterie)
Shoi Sen (guitare)
Johannes Gatsch (guitare)

L’album :

ʺThe Mysterious Hollywood Hat-Trickʺ (03:31)
ʺThe Strangulation of Silvia Zaglerʺ (00:32)
ʺTales from the Vienna Woodsʺ (02:43)
ʺExceptionally Sadisticʺ (02:38)
ʺA Man with A Special Qualificationʺ (03:11)
ʺDemon of Grazʺ (03:04)
ʺThe Strangulation of Blanka Bockovaʺ (01:54)
ʺMidnightʺ (05:10)
ʺMiami Vice – Miami Goldʺ (03:39)
ʺThe Legacy of a Malignant Narcissistʺ (05:10)
ʺA Cleansing Stormʺ (01:40)
ʺFall from Graceʺ (05:13)

https://monumentofmisanthropydm.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/OfficialMonumentOfMisanthropy.BrutalDeathMetal

Pays: AT
Transcending Obscurity
Sortie: 2021/11/12

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