Carl VERHEYEN au Spirit

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Carl Verheyen c’est du solide !

Un vrai fidèle, que dis-je : un assidu du « GREAT SPIRIT SOUNDING CLUB » !!! Depuis 1997, on ne compte plus les visites du virtuose californien, qui adore s’arrêter au 16 de la Place du Martyr, à Verviers.

Faut dire que c’est à la fois un musicien exceptionnel et, ce qui ne gâte rien, un très gentil garçon. Cela nous change un peu des nombrilistes imbus (eh oui il y en a, je donnerai les noms contre cent euros…) qu’on rencontre parfois (mais rarement par bonheur) sur les bords de la Vesdre.

La carte de visite du gaillard inspire de fait un immense respect. Pensez donc, en plus de sa propre discographie, on découvre sur le web trois pages de collaborations diverses, ayant toutes abouti à un projet d’album au moins (voire deux ou trois parfois). Sans compter les accompagnements live de multiples pointures.

Forcément, Supertramp frappe le plus l’imagination mais il y a aussi Cher, Les Bee Gees, Steve Bailey, Bruce Lofgren, Larry Steelman, Jon Anderson, Greg Bissonette, Jimmy Johnson, Robben Ford et des dizaines d’autres…

Les coups de patte de Carl Verheyen valent inévitablement le détour. C’est cependant surtout son sens de la composition et des arrangements qui le hissent parmi les compositeurs les plus affirmés du rock évolutif.

Il dispose en outre d’une voix solide aux inflexions pétillantes fines et sobres, qui rappellent parfois Paul Simon.

On ne devient évidemment pas l’un des dix meilleurs guitaristes de la planète sans bosser un peu… Dès l’âge de dix ans, il s’astreint à des exercices quotidiens impressionnants (ce qu’il fait toujours aujourd’hui d’ailleurs) qu’il complète par une formation musicale rigoureuse au Berklee College de Boston, non sans avoir tourné déjà avec quatre ou cinq rock bands.

Il est l’élève de Max Roach à l’université de Massachussets et entre ainsi dans l’univers de la fusion jazzy.

Il forme son premier (vrai) groupe à Los Angeles avec les bassistes John Patitucci et Dave Marotta ainsi que les batteurs John Ferraro et Chad Wackerman.

Son premier album « No Borders » paraît en 1988. Il sera suivi par « Garage Sale » (1994), « Slang Justice » (1996), « Slingshot » (1998) Atlas Overload (2000), « Real to Reel » (2000) et « Solo Guitar Improvisation » (2001).

Pour la nouvelle tournée européenne, le CV Band vient juste de faire paraître « Six » (2003), superbe album de hot rock fusion que je recommande à tous les amateurs de soli intelligents et de dextérité émotionnellement sincère.

Je ne parlerai pas des multiples musiques de films voire des apparitions scéniques ou télévisées du gaillard mais je noterai encore « Guitar 101 » un CD Rom d’apprentissage (agréé et labellisé par Fender) qui fait autorité dans toutes les académies de musique anglaises et américaines.

Dire que notre brave Carl a même donné des leçons de guitare à John Fogerty en 1996 ! Ca laisse à la fois baba et rêveur !!!

Pour tout savoir sur la bio et le parcours de Carl Verheyen, allez voir le site via le lien « agenda » du portail « Spirit », vous en apprendrez des choses…

Pour l’heure, il est temps de parler un peu du concert non ?

Accompagné par Cliff Hugo à la basse (quel grand bassiste super-hyper-sympa !) son pote de Supertramp et Steve Distanislao (Dave Crosby band) aux drums, le trio trouve spontanément ses marques.

Il faut que je le dise d’entrée de jeu : le son, ce soir, est exceptionnel !

J’imagine qu’il y a eu une balance préalable mais j’avoue que le relief immédiat et la texture générale des instruments me sidèrent. On se croirait dans un studio d’enregistrement, tant la qualité des notes distille une sorte d’émanation chaleureuse très fine mais aussi ferme que les coups de drumsticks en or modulent admirablement. On dirait que des paillettes scintillantes jaillissent de chaque beat instrumental et qu’elles caressent en tournoyant les longues notes sculptées par la guitare de Carl Verheyen sublimées aux appoints de basse revigorants pour atteindre instantanément des sommets de classicisme académique.

Et que dire du jeu de basse de Cliff Hugo ? LU…MI…NEUX ! IM…PE…RIAL ! Il couvre, avec sa cinq cordes, un espace démesuré, affiche une force de frappe impressionnante et parvient encore à conserver une fraîcheur de ton réjouissante.

Très bel ensemble, vraiment…

Après l’échauffement, « Highland Shuffle » (album No Borders) a pour effet de convaincre définitivement les indécis. Cela dit, la salle est remplie de convaincus et l’applaudimètre ne cessera de vibrer tout au long de la soirée. Il y a même un couple de fans qui a prénommé tout récemment son môme Carl (six mois à tout casser) et qui est venu (de loin) le faire « baptiser » pour la circonstance par His Holyness Verheyen the First himself… Qu’est-ce qu’il a pris dans les baffles, le lardon… S’il entend encore après cela, il pourra, peut-être, suivre les traces de son illustre homonyme.

Retour au titre de bravoure « Highland Shuffle » et aux prouesses guitaristiques de C/V qui nous fait, présentement, la cornemuse avec les cordes… Quelle superbe chanson ! Voilà qui déclenche le délire en ces lieux de haute tenue… Comme disait, bien à propos, mon pote Pierre D., « on a vraiment de la chance d’avoir un Spirit of 66 pas loin de chez nous… ». Quel bonheur, quel cadeau ce Music Bar, bientôt dans la légende !

A peine remis de nos émotions écossaises, arrive le somptueux « Place for me » et son intro acoustique à la Washburn. C’est un chef-d’œuvre ! Extrait de « Six » qui contient une bonne dizaine de merveilles semblables, on a affaire ici à une composition grandiose, remplie de fun, de subtilités et de flamboyance. Tout sauf basiques !!! Des soli de guitare à tomber là, une fluidité magnifique et des liens mélodiques irrésistibles .. que demander de plus ? La perfection existe et ses initiales sont C et V.

« No walking blues » de Slingshot (1998) ramène le beat dans le camp du blues étincelant et musclé. Ce trio magique réussit à transcender le genre pour en faire un monument à la gloire du beau, du bon et du brillant. On se sent soulevés de terre et emportés par une envie de bouger comme mûs par des bottes de sept lieues… Un terrible moment de fun… terrific dirais-je même dans un anglais irréprochable ! Je vois les regards du clan « Jacques/Hubert » briller d’émotion…

« Maggie’s Ladder » (2003) va rétamer tout le monde pour le compte… Ce titre, gentillet au départ, se transforme progressivement en hymne au gros son qui décoiffe. Les saccades rythmiques et les slams de basse traversés par des sorties soliques aéroniques (je crée, je crée) entretiennent une chaleur communicative et préparent le décollage maison inévitable qui met tout le monde en transe. Ajoutons à cela un catalogue de passes d’armes monumentales aux drums et vous aurez compris l’intensité de l’affaire comme si vous étiez (vous auriez mieux fait d’y être d’ailleurs).

Francis profite de l’atterrissage pour m’expliquer la magie qui se dégage de ce combo et le régal qu’il y a à écouter un guitariste comme comme Carl Verheyen. Il n’a pas fini sa phrase qu’on entend résonner les premières notes unplugged de « Sunny Afternoon » jouées ici à la Washburn électro-acoustique comme dans un rêve. On n’est pas Docteur Honoris causa de dix des plus grandes Ecoles de Musique dans le monde, pour rien, donc… parce que c’est littéralement sublime. On dirait qu’il y a trois guitares en même temps et qu’il a vingt doigts le bougre… Il réussit à jouer en finger et en flat picking parallèlement. A te dégoûter de faire de la musique, je pense qu’il couvre au moins cinq barettes de l’échelle chromatique entre l’index et l’auriculaire (j’en connais deux qui sont rentrés casser leur dernière caisse… après le concert. Quant à moi, j’ai enterré la mienne au fond du jardin). Un niveau universitaire, j’vous dis ! c’est vraiment le terme qui convient ! Et il chante (bien), en plus !

« Come Down Tonight » (Six 2003) a le mérite de nous en mettre tellement plein la tronche qu’on oublie nos petites prétentions artistiques personnelles en nous réjouissant que des gars universels pareils existent. La fraîcheur d’entame de ce morceau et les changements de ton ravissent les connaisseurs. Cela se termine évidemment dans un kaléidoscope de traits de guitare irrésistibles. Un vrai bouquet de fleurs l’ami Carl, il donne du parfum, de l’élégance et de la couleur en même temps. Son compère Cliff Hugo ramène infatigablement la vague vers les bouillonnements de grosses cordes qui décuplent la force et la beauté des chansons en les faisant littéralement rentrer sous la peau… On s’amuse comme des petits fous, bouche bée, c’est un régal, on ne voit pas le temps passer… Maître Géron sur sa console perché me fait remarquer que le jeu de C/V est à ce point imprévisible que le bassiste garde un oeil millimétré sur lui en s’étonnant manifestement des variantes qu’il applique. Cela fait sourire mais ça l’inquiète un peu quand même le grand Cliff qui ne sait pas toujours où le boss veut en venir…

D’une manière générale, chaque chanson approche les cinq minutes et le set ne souffre d’aucun temps mort. C/V a décidé de faire tout d’une traite. On est quasiment à la moitié du gig et franchement, on dirait qu’il a commencé depuis un quart d’heure à peine…

Bon j’accélère quand même pour les lève-tôt ou les couche-tard.

On se paie successivement « Diamond » (Slingshot 1998) qui comme son nom l’indique est une vraie merveille funky-hot-jazz-blues que ne renierait pas l’ABB soi-même. Il faut souligner la véritable performance de Steve Distanislao dans ce morceau. Il assure une omniprésence impressionnante et judicieusement calibrée. Ce brave drummer sait jouer en douceur (c’est rare) et à l’opposé cogner avec une détermination sans égal(e). J’en suis scié. On vient de voir, avec plaisir, dans cette même salle, Corky Laing, il y a huit jours, eh bien je peux attester que le binâmé Steve le vaut bien. Je dirais même plus, il fait (en tout bien tout honneur) des choses que l’autre ne faisait pas…

« Holly House » (Garage Sale 1994) et “Chinatown” (Atlas Overload 2000) donnent quasiment dans l’impro. Les joutes entre les guitares sont délicieuses. Il y a dans cette fin de concert (eh oui on la sent venir) des moments de folie artistique intense. On ressent de la complicité et de l’émerveillement permanents et mutuels entre les musiciens. Non seulement ces gars-là ont du plaisir à jouer ensemble mais en plus ils sont capables de hausser brillamment le niveau de jeu par une émulation réciproque et instinctive. Inutile de dire que les dernières notes disparues, la salle s’est mobilisée pour un immense rappel bien mérité. La joie de Carl et de ses amis faisait vraiment plaisir à voir.

Premier rappel : “Yes It Is” de Lennon/McCartney qui clôture d’ailleurs l’album « Six ». Un vrai bijou dans lequel la voix de Carl vient se lover toute de tendresse et de simplicité. Il nous l’offre avec un plaisir non dissimulé, content d’être là le brave homme. En l’entendant, je ne peux m’empêcher de penser à Rick Vito. Ils ont un vrai son commun et une dextérité très proche. Seuls les arrangements diffèrent (un habillage plus complet chez C/V à mon (humble) avis). Et je me dis, encore et toujours, qu’on doit ces concerts extraordinaires à Francis Géron et que c’est ainsi trois fois par semaine… Que voulez-vous ajouter à cela ? On peut bien faire quelques lignes pour le souligner, non ?

Deux autres rappels enflammés nous ont radicalement mis sur le cul. Dans le genre gros blues (ex)portable, un peu comme si quatre-vingt musiciens jouaient ensemble et on s’est pris une demi-heure au moins de parfait bonheur. J’ai noté en vrac sur mon petit carnet à spirales et je le restitue brut de décoffrage : « I don’t waste my time, putain les drums, ça coule comme de l’eau, la fin est moins guitaristique mais on change de galaxie (encore), putain les syncopes à la batterie, je crois bien que c’est le plus beau son que j’aie jamais entendu ici, ain’t play to loose this lonesome blues(mais je connais cela !?).

Et puis alors, mais là il me faudrait des lettres de trois mètres de haut, et puis alors, disais-je : le TRUC ! Ce petit quelque chose qui montre que Carl Verheyen a des bases profondes et qui achève de nous achever : la cover imprévisible et « roots à mort » : « Bending Like A Willow Tree » de Lowell Fulson. My God(e) ! Djiiiiiiiiiiiiizzzzzzzzeusssssssssss !!! Est-ce possible, qu’entends-je ? Où sont les anges ? C’est le paradis ici non ? Wonderful, Incredible, great, big, giant Carl, Oh Boy ! I’m glad to be here, really !!!

Qu’est-ce qu’on s’est amusés dans ce show ! C’est fantastique ! Une telle variété de ton et de styles, un voyage parfait dans la beauté éternelle du son généreux, souple, ample et nuancé. On a vu un trio soudé, instantanément en place, réceptif au moindre regard, à la plus légère pression du doigt, au plus furtif clin d’oeil. Des musiciens humains, radieux, proposant un travail d’artisans méticuleux et généreux. Des artistes immenses occupant par leur amplitude de jeu tous les espaces possibles, exprimant une conviction et une sincérité exemplaires. Ah ! Là vraiment, on s’est bien amusés…

PS : sauf Ronald qui vendait les disques d’une main en rendant les vestiaires de l’autre !

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