Siena Root au Magasin 4 : That 70’S Show

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Petite devinette : quel est le point commun entre votre serviteur, Austin Powers et Jacquouille la Fripouille ? Un indice : il ne s’agit pas du look. Allez, je lâche l’affaire ou nous serons encore là demain. Eh bien, c’est simple : nous sommes tous les trois des voyageurs temporels ! Je vois quelques incrédules qui froncent les sourcils, pourtant, c’est la stricte vérité ! Croix de bois, croix de fer, si je mens, Bernie reste en enfer ! Pour moi, c’est arrivé vendredi dernier. Ma soirée a démarré le 29 novembre 2013 à 20h et s’est terminée à l’aube … des seventies. Un bond de quarante ans en arrière, en compagnie d’Icarus et de Siena Root. Note préliminaire : suite au décès prématuré de Bernie (que Sid Vicious ait son âme), je pars à l’aventure sans chasseur d’images et l’esthétique de compte rendu va forcément en souffrir. J’aurais pu, comme pour l’article précédent, faire appel aux services du fringant Bernard. Toutefois, l’idée de devoir, une fois de plus, l’entendre vanter les mérites de son iPhone 5c vert caca d’oie a été suffisante pour étancher ma soif de support photographique.

Nous sommes vendredi et le vendredi, il n’y pas de couvre feu au Magasin 4. Le premier groupe ne jouera qu’à 20h30 et je ne sois donc pas speeder comme un damné. Arrivé sur place à 20h10, j’ai largement le temps d’observer mes compagnons de voyage. Pour accueillir dignement les locataires du jour, certains membres du public n’ont pas hésité à exhumer les pattes d’éléphant, les chemises bariolées et les mini-jupes d’un autre âge. Tout s’annonce donc plutôt bien.

20h30. Icarus franchit le dédale de couloirs qui sépare les coulisses de la scène afin de réchauffer ses ailes sous la lumière des projecteurs. C’est mon tout premier contact avec la musique de cette formation Anversoise et je ne sais pas à quoi je dois m’attendre. Côté look, les flamands ne paient pas vraiment de mine. Les mecs sont manifestement sympas, mais un peu trop ‘ordinaires’ pour avoir l’air de stars. Leur tenue de scène constituée de jeans usés, de t-shirts élimés et leurs cheveux coupés court ne me laissent pas vraiment rêveur. Ma première impression tend donc naturellement dans la direction du négatif. Grossière erreur, puisqu’une fois l’introduction terminée, la prestation du groupe se fait si ensorcelante que je me vois contraint et forcé de rougir honteusement de mes aprioris !

La musique d’Icarus n’est pas facilement catégorisable. La guitare lourde – mais pas métallique – rappelle un peu les errances désertiques du stoner de Kyuss. La basse cinq cordes, boostée au maximum de ses capacités, ajoute une étonnante dynamique à la rythmique tandis que les claviers dégoulinent de sonorités vintage empruntées à l’orgue Hammond et au Mellotron des seventies. La voix superbe et le phrasé d’Yves Coussement me sont étrangement familiers. Quelques minutes, cependant, me sont nécessaires y déceler des relents jouissifs de Jim Morrison. Les compositions se font tantôt planantes, tantôt furieusement rock’n’roll et, à bien y réfléchir, la description ‘Kyuss meets The Doors’, même si elle n’est sans doute pas cent pour cent exacte, colle plutôt bien à Icarus. Si le chanteur semble vivre intensément ses compositions, ses tentatives de communication (NDR : en néerlandais exclusivement) avec le parterre, pourtant captivé, du Magasin 4 sont minimales et tombent souvent à l’eau. Une excellente découverte cependant.

La transition temporelle initiée par Icarus se fait totalement effective lorsque Siena Root investit les planches du Magasin 4. Cheveux longs, barbes hirsutes, amples tuniques bariolées, backdrop psychédélique et instruments vintage : nous avons régressé de quatre bonnes décennies en quelques secondes à peine.

Siena Root est un projet rock expérimental au line-up plutôt nébuleux. Formé à Stockholm à la fin des années 90, le combo s’articulait jusqu’il y a peu de temps autours d’une colonne vertébrale constituée par l’imposant bassiste Sam Riffer, le batteur Love H. Forsberg et le guitariste/organiste/claviériste KG West. Sur album, comme en live, le trio faisait appel à une kyrielle d’invités, auxquels il confiait le(s) micro(s) et les instruments supplémentaires (violon, hurdy gurdy, sitar, mandoline, etc.). L’envoutant double album live “Root Jam”, sorti en 2011, est d’ailleurs un superbe exemple de ce que pouvait donner cette combinaison multiculturelle de Rock Psychédélique, de Blues, de Hard Rock seventies et de musique indienne traditionnelle. Toutefois, celles et ceux qui, connaissant la plaque par cœur, se sont déplacés aujourd’hui pour renouer avec leurs racines hippies en sont pour leurs frais. KG West, qui a quitté le groupe en octobre de cette année pour étudier, au pays de Gandhi, la musique classique indienne, semble avoir emmené avec lui la facette la plus ‘World’ du groupe.

Riffer et Forsberg investissent la scène du Magasin 4 accompagnés par trois musiciens dont je n’ai pu retrouver le nom, et ce, malgré une recherche désespérée sur la toile. Grand, mince et intensément barbu, le vocaliste n’est sans doute pas inconnu des inconditionnels du groupe puisque sa photo apparait sur la pochette intérieure de “Root Jam”. Ceci étant dit, Siena Root termine cette semaine sa tournée européenne, et malgré les changements récents, le quintette qui évolue sur scène est plutôt soudé. Si aucun instrument exotique ou traditionnel n’encombre les planches, un superbe orgue vintage (NDR : Hammond, probablement, mais je n’ai pas pu vérifier) est installé à gauche de la batterie. Le look sixties de l’organiste (NDR : on le croirait sorti d’une pochette des Beatles) tranche carrément avec les extravagances seventies de Sam Riffer. Ce dernier, avec sa longue crinière ondulée, sa barbe kilométrique et sa grande tunique bariolée, impressionne autant par la taille que par son incroyable jeu de basse.

La musique est une suite envoutante de titres heavy rock seventies et d’instrumentaux psychédéliques au cours desquels le vocaliste se retire respectueusement sur le côté de la scène pour observer ses compagnons. Aux longs passages hypnotiques succèdent d’électrisantes montées en puissance. Plus que le guitariste, c’est l’organiste qui occupe l’essentiel de l’espace sonore. Au cours des longues jam instrumentales, chacun s’affère à le provoquer en duel : orgue/guitare, orgue/basse et même orgue/batterie, toutes les joutes sont époustouflantes.

Dans la salle, les panneaux interdisant l’usage de cigarettes disparaissent sous d’épaisses volutes de fumée qui fleurent bon l’herbe de Provence (ou son pendant marocain ?). Lucides et ‘moins lucides’ s’abreuvent de décibels et de démonstrations techniques jubilatoires.

Soudain, d’étranges lumières éblouissent les visages hébétés (mais souriants) qui m’entourent. Les aiguilles de ma montre, qui, j’en suis certain, indiquaient 21h30 il ya quelques minutes à peine, tentent de me faire croire qu’il est 23h30 ! Que nous est-il arrivé au cours des dernières heures ? Sommes-nous vraiment retournés dans le passé ? Avons-nous été victime d’une expérience extra-terrestre ? Peut-être avons-nous tout simplement été captivés par deux heures de plaisir sonore ? La vérité est ailleurs.

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