Money dompte Wild Beasts au Bota

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De moins en moins atypiques mais déterminés à conserver leur place à part dans le paysage musical indépendant, les Anglais de Wild Beasts ont encore élargi leur palette de supporters avec un quatrième album très réussi, « Present Tense », qui leur a ouvert les portes du top 10 anglais. Ils l’ont présenté au public belge ce mardi 15 avril à l’Orangerie du Botanique. Traditionnellement, leurs premières parties dans le complexe de la rue Royale valent le détour. On a notamment découvert grâce à eux Villagers en 2010 et 2:54 l’année suivante. Ce soir ne va pas déroger à la règle car les quatre musiciens de Money vont littéralement voler la vedette à ceux qui les avaient invités en support. Ces natifs de Manchester signés sur le label Bella Union (déjà un gage de qualité) ont en effet ce petit quelque chose en plus qui les rend attachants.

Est-ce le chanteur à la voix fascinante (on pense tour à tour au Bono et au Jim Kerr du tout début des années 80 avec en toile de fond le timbre chaleureux de Richard Ashcroft) qui passera la totalité du concert dans le public ? Est-ce leur attitude nonchalante typiquement british, déclarant tout de go avoir légèrement abusé de substances houblonneuses locales ? Ou encore le son psyché planant qui doit beaucoup à The Verve lorsqu’ils s’appelaient encore Verve, distillé dans un environnement sombre ?

Difficile à dire mais une chose est sûre, ils ont convaincu sans peine un public curieux qui a pris la peine de les laisser développer leur univers. Ils ont d’ailleurs écoulé bon nombre d’exemplaires de leur premier album, « The Shadow Of Heaven », au stand merchandising. Dommage que l’intensité dégagée sur scène ne se retrouve pas sur la plaque. Mais mis à part ce détail, tout était parfait…

Le nouvel album de Wild Beasts, « Present Tense », est sorti fin février dernier et est le premier à avoir été enregistré au terme d’un break digne de ce nom qui leur a permis d’apaiser les tensions (ils ont sorti leurs trois premières plaques en quatre ans tout en tournant intensivement). Une plénitude ainsi retrouvée qui leur a permis de poursuivre leur évolution musicale. Résultat, le quatuor originaire de Kendal n’a sans doute jamais été aussi accessible et actuel qu’aujourd’hui, sans pour autant renier ses racines.

Le concert de ce soir va pourtant commencer sur une fausse note. A peine « Mecca », le titre d’intro entamé, qu’Hayden Thorpe va stopper son chant et quitter la scène avec ses compères. Suivront cinq bonnes minutes d’attente et de stupéfaction pendant lesquelles les roadies vont s’affairer à régler un ordinateur récalcitrant. Un faux départ, donc, qui va sans doute perturber le groupe et déboucher sur une prestation qui ne restera pas dans les annales, bien qu’entamée avec « Sweet Spot », un des meilleurs nouveaux titres (qui succèdera à la version complète du précité « Mecca »).

Si le falsetto hyper caractéristique d’Hayden Thorpe reste avant tout la marque de fabrique du groupe, la voix tout aussi particulière de Tom Fleming, l’autre tête pensante, a aussi son mot à dire (« The Devil’s Crayon, « Reach A Bit Further »). Ce dernier, généreusement barbu, porte son inamovible bonnet noir et paraît être celui qui vit le plus les compositions en live. Celui-ci joue devant une série de triangles allongés lumineux sur pointe qui, disposés les uns à côté des autres, forment un pseudo arc de cercle.

Parfois, les douces mélodies au piano bercent l’assemblée (le délicat « Pregnant Pause ») alors que les nappes de synthés qui caractérisent la nouvelle plaque prennent tout leur sens (le très coloré « A Simple Beautiful Truth », « Nature Boy ») lorsque ce n’est pas tout à la fois (le quasi tragique « Daughters » au final électro qui attaque les tympans).

Ceci dit, il faudra attendre « Hooting & Howling » avant que le concert ne décolle vraiment, mais pas au point de dérouiller un public anormalement passif. Il ne faut peut-être pas chercher plus loin la raison du manque de conviction de la part de Wild Beasts ce soir. Mais il est vrai aussi qu’un titre comme « Palace », par exemple, peine à prendre vie sur scène. Même le final du set principal va sembler inadapté, même si l’environnement euphorique de « Bed Of Nails » et la richesse de « A Dog’s Life » ont des arguments à faire valoir.

Heureusement, les rappels vont commencer par donner de la consistance à une prestation qui en manquait singulièrement jusque là. Il faut dire que « Wanderlust », le titre d’intro de « Present Tense », est une pop song parfaite, qu’« All The King’s Men » résume magnifiquement bien la philosophie du groupe et que « Lion’s Share » reste ce qu’ils ont enregistré de mieux jusqu’ici. En revanche, le show n’aurait pas été moins réussi s’ils avaient laissé de côté les breaks allongés et inutiles d’« End Come Too Soon ». En d’autres termes: ils nous avaient habitués à mieux. Séance de rattrapage prévue le 14 août prochain au Pukkelpop.

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