ULI JON ROTH, le magicien

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Malgré la grande mobilisation des syndicats à Bruxelles ce mercredi 7 octobre, la circulation est relativement fluide sur l’autoroute qui m’amène à Verviers. Il est un peu avant 20h. Les portes du Spirit of 66 sont déjà ouvertes. À l’intérieur, une jolie affluence pour un soir de semaine. Tout ce beau monde est venu parfois de loin (j’ai entendu parler allemand, néerlandais et français hexagonal) pour assister à la prestation d’Ulrich Roth, plus connu sous le nom d’Uli Jon Roth. Pour beaucoup de métalleux, ce nom reste indissociablement lié à celui du groupe de hard rock Scorpions dont il fut la figure emblématique de 1974 à 1978, en remplacement de Michael Schenker enlevé par les extraterrestres du groupe UFO. Il restera dans Scorpions le temps de 5 albums majeurs dans la discographie des hardrockers teutons: «Fly to the Rainbow» (1974), «In Trance» (1975), «Virgin Killer» (1976), «Taken by Force» (1977) et le cultissime «Tokyo Tapes» (double live de 1978). Il poursuivra ensuite sa carrière avec Electric Sun et sous son propre nom.



Autant vous dire que la soirée s’annonce bien pour qui veut (re)découvrir le répertoire classique des Scorpions. N’allez cependant pas croire qu’Uli le magicien ne joue que du hard rock, car au cours de son concert, il interprète aussi des morceaux plus blues et même le superbe concerto d’Aranjuez. Uli est un guitariste virtuose et les nombreux soli de la soirée vont achever de convaincre ceux ou celles qui pouvaient encore en douter. Mais reprenons pas le commencement…


La soirée commence vers 20h avec la prestation d’un groupe de rock progressif originaire de Hanovre dénommé Crystal Breed. Après avoir roulé leur bosse en tournée avec un certain Uli Jon Roth (tiens tiens…), mais aussi quelques célébrités comme Gamma Ray, Fair Warning and Jane (excusez du peu !), Niklas Turmann (chanteur/guitariste) et Corvin Bahn (chanteur/claviériste) décident de fonder leur propre groupe en 2008. Avec Michael Schugardt, remplacé ultérieurement à la basse par Nico Deppisch, et Thorsten Harnitz (batterie), ils sortent en 2011 leur excellent premier album «The Place Unknown» qui marie subtilement les classiques et les modernes de l’école prog.

La musique de Crystal Breed est influencée par des groupes cultes comme les Beatles ou Pink Floyd, mais aussi des groupes plus récents et tout aussi cultes, comme Procupine Tree, Muse ou Dream Theater. Sur scène, le quatuor nous propose cinq titres d’enfer, deux extraits du nouveau CD à paraître («Barrier of Ignorance» et «The Castle») et trois titres de leur premier opus («Floating on Waves», «The Place Unknown» et «Words of Silence»). Ce qui me séduit d’emblée dans les compositions interprétées devant le public du Spirit, c’est le fait qu’il y ait deux chanteurs, dotés chacun d’une très bonne voix, ce qui permet beaucoup de variations dans les parties vocales. De plus, le combo évite très adroitement le piège dans lequel tombent souvent les groupes prog: au lieu d’épuiser dans les grandes longueurs – et parfois même jusqu’à outrance – toutes les variations possibles et imaginables d’un même thème, ils juxtaposent des thèmes différents qui, mis bout à bout intelligemment, se fondent les uns dans les autres sans qu’on voie les coutures.

Des refrains accrocheurs, des arrangements intelligents, des voix d’une grande beauté, une virtuosité à toute épreuve chez chacun des musiciens présents sur scène et des guitares maniées avec une dextérité certaine. Cela faisait bien longtemps (depuis Beyond The Bridge, autre groupe prog allemand) que je n’avais plus pris un tel pied en concert avec un groupe prog… Tout cela me rend bien impatient d’entendre leur nouvel opus!


Après la traditionnelle pause pendant laquelle les techniciens s’affairent à préparer la scène pour la tête d’affiche, arrivent sur scène pas moins de 5 musiciens dont quelques têtes connues. Uli Jon Roth est en effet accompagné en tournée par le bassiste Ule W. Ritgen (ex-Zeno, Fair Warning) ainsi que par Niklas Turmann (chanteur/guitariste) et Corvin Bahn (chanteur/claviériste) de Crystal Breed, le groupe qui s’est produit en avant-programme. Pour compléter cette fine équipe, notons aussi la présence, derrière les fûts, de Jamie Little (qui officie aussi à l’occasion pour Steve Vai, Gus G, Bob Catley et bien d’autres encore, dans des genres parfois très différents) et de David Klosinski (un des élèves du maître) à la guitare. Beaucoup de monde pour la petite scène du Spirit, mais quel ensemble musical prodigieux… Quel concentré de talent, de virtuosité et de feeling sur scène.

La setlist fait la part belle au répertoire scoprioïde avec, dans le désordre, les titres «All Night Long», «Longing for Fire», «Sun in My Hand», «We’ll Burn the Sky», «In Trance», «Rainbow Dream Prelude» & «Fly to the Rainbow», «I’ve Got to Be Free», «The Sails of Charon», «Hell Cat», «Dark Lady», «Pictured Life» (rappel) et «Catch Your Train» (rappel). Le magicien ayant d’autres cordes à son arc que sa période Scorpions, il nous propose aussi deux titres de son groupe Electric Sun («Fire Wind» et «Just Another Rainbow»), un morceau de son projet Sky of Avalon («Starlight»), le superbe concerto d’Aranjuez et deux reprises: «All Along the Watchtower» (Bob Dylan) et «Little Wing» (The Jimi Hendrix Experience cover).

Bref, de quoi satisfaire amplement l’appétit guitaristique des nombreux spectateurs présents (la salle a finalement continué de se remplir jusqu’à rendre aventureux le trajet vers le bar).

Que retenir de ce concert à part ce menu copieux? L’influence amérindienne (les guitares du magicien sont ornées de plumes), la diversité des styles (même si UJR a l’air très heureux d’avoir renoué avec le hard rock), les incroyables guitares (notamment sa Sky Guitar à 7 cordes et 38 frettes, ainsi que son impressionnante double guitare), sa technique hors du commun et son style inimitable, le côté ésotérique et métaphysique que prend la musique (surtout dans les morceaux métal néoclassique). Mention spéciale aussi à Niklas Turmann et Corvin Bahn, tous deux excellents au chant. Personnellement, j’ai aussi adoré la batterie qui cognait fort, mais comme le son était particulièrement bien réglé, c’était très agréable. S’il faut vraiment trouver un point négatif (et encore, il est minime au regard de la prestation dans sa globalité), citons le côté statique lié au fait de jouer à 3 guitaristes + 1 bassiste + 1 clavier + 1 batterie sur la scène du Spirit

Une soirée remplie de moments intenses à 3 guitares, avec des riffs et des solos qui donnent la chair de poule. Un formidable voyage dans le temps pour revisiter une époque cultissime des Scorpions. Un artiste énorme et pourtant toujours très accessible, à voir au moins une fois dans sa vie. Merci au Spirit pour cette excellente programmation !

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Crystal Breed

Photos © 2015 Hugues Timmermans

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