TOOL + Mastodon – Brabanthal, Louvain, 8 novembre 2006

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Le premier concert de Tool en Belgique cet automne frappe très fort. La Belgique est tombée amoureuse de Tool, ce groupe de Metal progressif californien dont la rareté des productions a fait de lui un combo quasi-mythique de par le monde. Le groupe a triomphé lors du festival de Werchter 2006 et revient cet automne avec deux dates en quelques jours, le concert de Louvain ayant été rajouté pour satisfaire une demande qui avait dévalisé la billetterie du Forest National de Bruxelles en quelques instants pour le concert du 10 novembre.

Profitant de cette manne inespérée, je suis parmi les premiers clients sur le pas de la porte d’entrée de la Brabanthal, bavardant avec quelques fidèles camarades de concert. La fortune appartient à ceux qui arrivent tôt et nous voilà tranquillement installés à la barrière, centre gauche, dès l’ouverture des portes.

Le groupe de première partie est une surprise de taille puisqu’il s’agit tout simplement de Mastodon. Le prétendant au titre de groupe le plus lourd du monde vient ici défendre son troisième album Blood mountain et a été pris sous l’aile de Tool pour la tournée européenne qui ravage les terres pendant six semaines, jusqu’à la mi-décembre. Je suis bien content de revoir ces malfrats du décibel qui ont l’habitude de flinguer les tympans d’abord et de discuter après. C’est devant une gigantesque tenture représentant la superbe pochette du nouvel album que les quatre américains commencent le pilonnage. Ici, pas de quartier, on a droit à la reprise de Stalingrad à mains nues. Troy Sanders pourfend l’air de riffs de basse carnassiers pendant que le guitariste Brent Hinds, Gibson Flying V en bandouillère, profère des hurlements avec le visage menaçant d’un Tsar de Russie en plein accès de rage. Mastodon joue fort, trop fort, c’est ce qui mine sans doute leur prestation qui déçoit par ce son trop puissant qui dévore tout sur son passage. La batterie, une superbe Tama aux couleurs de Randy Rhoads (défunt guitariste d’Ozzy Osbourne dont la Flying V était noire à pois blancs), est ultra-mixée et le moindre coup de grosse caisse propage une onde de choc irrésistible. Mon voisin de droite se recroqueville, les deux mains sur ses oreilles en flammes. Il faut dire que les énormes baffles posés à terre, juste en face de nous, n’aident pas. Dans ce turboréacteur maudit, les notes de guitares surnagent et il n’y a que les vocaux qui restent curieusement clairs. Le public, essentiellement dévoué à Tool, accuse le choc dans un silence religieux. Mastodon, qui joue essentiellement des titres de son nouvel album et quelques chansons de son précédent album Leviathan, réalise un set honnête, consciencieux mais qu’on aurait préféré un peu plus spontané et chaleureux avec le public. Je me console en récupérant le médiator de Brent Hinds, un plaisir qu’il ne faut pas bouder.

L’arrivée de Tool sur scène se fait vers 21h30 et les musiciens ont à peine pris leurs instruments en main que le public est déjà séduit. Pour moi, c’est réellement une surprise. La musique du groupe, du progressif métallique à cheval entre Rush et Dream Theater, déjà consistante sur album, prend sur scène toute sa dimension. La limpidité et la force du son, quasi-majestueux, sont une vraie claque. Il faut dire que le groupe bénéficie d’une certaine expérience et si on parle de lui en Europe depuis à peu près cinq ans, Tool a déjà quinze ans d’existence et seulement quatre albums à son actif, soit en moyenne un album tous les cinq ans. Le dernier en date, 10 000 days (n° 1 aux Etats-Unis) est sans doute l’une des œuvres les plus accomplies des californiens, menés par l’énigmatique Maynard James Keenan, un ancien militaire reconverti dans la musique des sphères. Ce dernier se pointe sur scène torse nu, une coupe de cheveux à l’iroquoise et un masque à gaz sur le visage. Il a peut-être récupéré cet engin dans les surplus de l’armée, du temps où il était militaire. Son micro est coincé sur le masque, ce qui lui donne de l’aisance pour bouger. Il se présente à la foule résolument de côté, cantonné dans le fond de la scène. Il s’agite parfois en de curieux mouvements de danse vaguement chamaniques. Derrière lui sont diffusés des films hallucinants, des images de synthèse qui sèment la perplexité. Je n’ai jamais rien vu d’aussi cinglé depuis “Eraserhead” de David Lynch. Voilà le secret, Tool devrait écrire la musique du prochain film de David Cronenberg, ça mettrait de l’ambiance. En tout cas, son dernier album “10 000 days” est déjà une superbe carte de visite. Tool en extraira les morceaux “The pot”, “Jambi”, “Lost keys”, “Rosetta stoned” et “Vicarious”, soit près de la moitié de son set, ce qui laisse peu de place aux albums précédents, surtout “Lateralus” (2001) et “Undertow” (1993).

Le jeu de scène du groupe ne paie pas de mine mais laisse des traces sonores. Le bassiste Justin Chancellor déploie des lignes instrumentales aériennes et fortes comme un vol d’hirondelles blindées. Le guitariste Adam Jones cadenasse des riffs galvanisés, imprenables. Le batteur Danny Carey, planqué derrière sa forteresse de fûts et de cymbales, virevolte tous azimuts, offrant à ses collègues un tapis roulant vers des mélodies rugueuses et princières. On est capté, avalé par l’univers de Maynard James Keenan, un type qui doit certainement trop se prendre la tête. Je suis sûr qu’en une conversation avec lui, vous sortirez persuadés que les Atlantes ont construit les pyramides d’Egypte et que Jean-Paul II était un témoin de Jéhovah installé au Vatican par la franc-maçonnerie chinoise.

Au bout d’une heure de ce qui est un moment de bonheur, la scène s’illumine de rayons laser. Tool termine la première partie de son concert de façon atypique, les musiciens se reposant sur scène au lieu d’aller souffler en coulisses avant d‘attaquer le rappel. Celui-ci sera encore une performance, le groupe finissant d’enthousiasmer le public avec “Vicarious” et “Aenima”, extrait du désormais classique album du même nom. Le public a adoré, sauf ceux qui se risquaient à prendre des photos, impitoyablement chassés par les vigiles de la sécurité qui avaient reçu des ordres stricts.

La Belgique peut s’estimer vernie avec ces deux concerts dont le suivant a eu lieu le 10 novembre au Forest National de Bruxelles. La France rencontrera Tool à Lyon (7 décembre), Nantes (8 décembre) et Paris-Zénith (10 décembre). Vous savez ce qui vous reste à faire…

2 pensées sur “TOOL + Mastodon – Brabanthal, Louvain, 8 novembre 2006

  • novembre 13, 2006 à 13:42
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    Chouette compte-rendu. Il m’a permis par le partage d’émotions, de détails et d’humour de pénètrer dans la sphère qu’a été le concert.
    Article bien imagé, laissant malgré tout un goût amer à ceux qui comme moi brillaient par leur absence…

  • novembre 20, 2006 à 23:14
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    Le set de Mastodon était réellement inaudible; les vibrations de la basse et de la batterie incroyables. Dommage, car sur CD, leurs compos sont des plus originales et certainement pas aussi bourrin qu’on pourrait le penser.

    Pour Tool, le concert était effectivement grandiose. Une précision sur le jeu de scène de Maynard James Keenan: son agoraphobie lui fait appréhender de regarder la salle ce qui explique sa position toujours de côté et encore, cela s’est bien arrangé par rapport au temps où il chantait à l’arrière de la scène pratiquement invisible pour le public. De plus il ne supporte pas la fumée de cigarette, il aurait arrêté un concert plus tôt dans la tournée parce qu’un spectateur n’aurait pas voulu éteindre sa clope. Cela explique peut-être le masque à gaz 😉 qui de toute façon s’accorde bien avec l’esthétique du groupe .

    Enfin, deux points pour lesquels je ne suis pas d’accord avec François: dire que Tool n’est connu en Europe que depuis 5 ans n’est pas correct, ils y ont atteint la reconnaissance critique dès leur premier album en 1993. Aussi, mais c’est plus subjectif, je vois très peu de points communs entre la musique (et plus particulièrement le “son”) de Tool et celle de Rush ou de Dream Theater.

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