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Girls In Hawaii, From Here To There… and beyond

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Rewind, c’est ce cycle imaginé par l’AB consistant à inviter des artistes belges à jouer l’intégralité d’un de leurs albums. Et de rester dans la postérité via une dalle personnalisée sur le Walk of Fame situé rue des Pierres, à proximité de l’AB Café. Classique, détonateur ou charnière, il doit d’abord et avant tout résonner dans la mémoire collective. En plus de cocher toutes ces cases, “From Here To There”, le premier long format des Girls In Hawaii, souffle ses vingt bougies cette année. L’occasion d’une tournée commémorative qui s’achevait ce week-end par quatre concerts archi sold dans la grande salle du boulevard Anspach.

Pour l’anecdote, c’est la première fois qu’un groupe francophone reçoit ce privilège et il est tout à fait mérité. Avant l’émergence des ex-Brainois, le rock made in Wallonia était plutôt moribond, à quelques exceptions près. Et si certains groupes existaient déjà avant eux (Ghinzu et Sharko pour ne citer que ceux qui ont joué dans cette même salle en février 2004 pour l’anniversaire de Bang!), ils ont profité de l’engouement pour exploser. D’autres (Hollywood Porn Stars, Showstar, Mud Flow…) n’allaient pas tarder à leur emboîter le pas. C’était une sorte d’âge d’or, une vague sur laquelle la fraîchement créée Pure FM surfait généreusement. L’époque également des fameuses compilations Sacrés Belges.

Mais revenons à Girls In Hawaii et cet album “From Here To There” qui, selon le deal, sera joué dans l’ordre des plages. Des gazouillis ont ainsi accompagné l’arrivée du groupe sur scène, introduisant un sobre “9.00 AM”, parfaite mise en jambes d’un concert qui s’emballera déjà au son des premières notes de “Short Song For A Short Mind” pour exploser littéralement sur un “Time To Forgive The Winter” au final démentiel. Le public, chaud comme la braise, réagit aussi bruyamment que spontanément.

Qu’il s’agisse des pochettes (“The Winter EP” et l’album du jour) ou des clips, les visuels de l’époque faisaient la part belle à la nature et aux grands espaces. Ceux de ce soir y feront autant référence, diffusés non plus sur les fameuses télévisions à tubes cathodiques disposées sur scène comme il y a vingt ans mais, selon le même principe, sur des écrans plats tout ce qu’il y a de plus moderne. Tout le contraire du cornet de téléphone vintage qui trafique la voix d’Antoine Wielemans sur “Found In The Ground”, le titre par lequel tout a démarré ou “The Fog” en crescendo bien senti.

Sa complicité vocale avec Lionel Vancauwenberghe reste le noyau magique d’une formation dont les compositions touchent ceux qui s’y attardent (le rêveur “Casper”, l’enjoué “Organeum” repris en chœur par toute la salle). Mais Brice Van Cauwerberghe le guitariste sérieux et Daniel Offermann le bassiste fantaisiste ne sont pas étrangers à l’homogénéité du groupe. Sans oublier le batteur Bryan Hayart qui, fort de son expérience au sein d’It It Anita, apporte hargne et puissance pour notamment envoyer “Flavor”, flippante bombe industrielle rehaussée de flashes stroboscopiques aveuglants dans une autre dimension.

Et puis, il y a ce troublant “Bees & Butterflies” qui a visiblement déjà uni des destinées. Même si on préfère la version plus speedée du précité EP, celle de ce soir, née presque par hasard dans un studio au milieu des Ardennes, a noué quelques gorges. Il faut dire que sur les images d’archives l’illustrant, on voit les musiciens prendre un certain plaisir à se balancer des feuilles mortes à la figure. Parmi ceux-ci, le regretté batteur Denis Wielemans mais aussi François Gustin, qui a quitté le groupe en 2021. Raison pour laquelle tout le monde, hormis l’ami Bryan, défile derrière le clavier à gauche de la scène.

Interpréter un album dans son intégralité, c’est également se pencher sur des titres peu ou jamais joués en live auparavant. Parmi ceux-ci, le délicat “The Ship On The Sea” a plutôt fait office d’interlude mais les arrangements du magistral “Fontanelle” l’ont transformé en véritable pépite scénique. Une des révélations de la soirée, au même titre que ce “Catwalk” à donner des frissons. Ou encore “Joking About My Life”, morceau caché du CD dont le traitement à la fois carré, hypnotique et mélancolique nous laissera pantois…

L’épisode “From Here To There” se terminait donc mais quelques surprises allaient encore émailler la soirée. À commencer par deux titres acoustiques depuis une scène installée à hauteur de la console technique à l’arrière de la salle. Deux titres extraits du 10inch “Misses” publié en 2013 : le dépouillé “Words Are In The Woods” suivi de sa toujours aussi bouleversante plage titulaire, riche en harmonies et caractérisée par une flûte surprenante. De retour sur les planches, “Not Dead” repoussera le volume dans le rouge avant la confirmation que la commémoration de ce soir n’est bien qu’une étape.

En effet, le groupe travaille depuis quelques mois sur un nouvel album et profitera de l’occasion pour rôder deux inédits. Si le délicat “Goddess” présente toutes les facettes d’une composition classique de Girls In Hawaii, “I.H.R.N.”, de son côté, se veut plus ambitieux. Hypnotique et entêtant, il s’inspire des lumineuses envolées de Grandaddy (une influence assumée depuis leurs débuts) et de Mercury Rev. Le tout rythmé par la rugosité d’un batteur dont l’impact semble les éloigner des nappes synthétiques de “Nocturne”.

Les choses se boucleront en roue libre via deux hits en puissance. Le sinueux “This Farm Will End Up In Fire” et un “Rorscharch” soutenu par trois guitares et d’efficaces touches électroniques. Une heure quarante-cinq d’une intensité que l’on n’aurait pas nécessairement imaginée. Quant à “From Here To There”, il fera bonne figure aux côtés de The Ideal Crash, Little Things Of Venom et autre “Mud Stories”. Ou encore du premier album d’Admiral Freebee, prochaine étape du cycle Rewind le 20 janvier prochain au même endroit.

SET-LIST
9.00 AM
SHORT SONG FOR A SHORT MIND
TIME TO FORGIVE THE WINTER
CASPER
FOUND IN THE GROUND
THE SHIP ON THE SEA
THE FOG
FONTANELLE
FLAVOUR
ORGANEUM
BEES & BUTTERFLIES
CATWALK
JOKING ABOUT MY LIFE

WORDS ARE IN THE WOODS
MISSES
NOT DEAD
GODDESS
I.H.R.N.
THIS FARM WILL END UP IN FIRE
RORSCHARCH

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