Les Nuits 2022: le retour de Jawhar

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Au fil des éditions, les termes « création » et « release » sont peu à peu devenus des incontournables sur l’affiche des Nuits. 2022 ne faillit pas à la tradition et ce samedi, la Rotonde a même réuni les deux concepts avec, dans les rôles principaux, Ivan Tirtiaux et Jawhar.

Le premier nommé, accompagné d’un quatuor à cordes, a donc eu l’occasion de laisser libre court à son imagination artistique. Les trois violons et le violoncelle ont ainsi rejoint la contrebasse pour accentuer les émotions des textes déclamés. Qu’il s’agisse de tension ou d’euphorie, leurs interventions pertinentes ont plus que rempli leur mission.

Si un claviériste bidouilleur intervenait par intermittence, c’est le percussionniste Nyllo Canella qui a attiré tous les regards. Hyperactif, il effleurera, tapotera, martèlera en permanence un des éléments ornant son impressionnante console, mais toujours avec grâce. Entre cymbales aux formes les plus excentriques, ustensiles bricolés et même jambière à clochettes, il règne en maître sur la partie rythmique de l’ensemble.

Il n’a toutefois pas réussi à éclipser un Ivan Tirtiaux particulièrement inspiré au milieu de ses camarades d’un soir. Ses textes imagés, sa diction posée, ses rimes délicates et son jeu de guitare mesuré s’en sont même retrouvés magnifiés. À titre d’exemple, « Assange », écrit pendant le confinement et inspiré de faits réels, tranche avec les personnages et aventures imaginaires dont il est coutumier (« La plage », « Dans la poitrine »).

Outre Louis Evrard (un de ses collègues au sein de Yôkaï) venu épauler ce petit monde à la batterie pour le dernier titre, il a réalisé la transition parfaite en invitant ni plus ni moins Jawhar lors du rappel. « La guitare » d’Aragon en duo franco-arabe doit sans doute constituer l’une des meilleures surprises de cette édition des Nuits.

Des Nuits dont Jawhar devient petit à petit un habitué. On l’avait en effet découvert en support de Charlotte Gainsbourg sous le Chapiteau en 2018. Deux ans plus tard, il fêtait l’anniversaire du label 62TV à l’Orangerie le lendemain de la prestation de son projet Offo Vrae en français dans le texte. Ce soir, il présente à la Rotonde « Tasweerah », un nouvel album publié mi-mars qui devrait définitivement asseoir sa réputation.

Il ne tardera d’ailleurs pas à s’y plonger car le rêveur « Malguit », le groovant « Foug Layyem » et le prenant « Chsar » (soit les trois premières plages de cette nouvelle plaque) lanceront les festivités de solide manière. Un triptyque racontant une histoire que le barrage de la langue nous empêche peut-être de comprendre mais dont émergent des émotions bien palpables.

Heureux de partager ses nouvelles compositions, le Belgo-Tunisien profite du moment et ne se montre pas très loquace. Il ne s’agit ni d’arrogance ni de timidité, juste un besoin de les laisser s’exprimer. Autour de lui, trois musiciens des précités Yôkaï : Louis Evrard (encore lui), Yannick Dupont et Eric Bribosia dont les effets aux claviers se retrouvent davantage mis en exergue que sur disque (« Sayyed Ezzin », le poppy « Schizo Hyout »). Des musiciens aguerris dont l’expérience élève drastiquement le niveau des interprétations.

Les rares incursions dans son back catalogue permettront de mesurer le chemin parcouru. On pense notamment à cette excellente version de « Soutbouk », d’une richesse et d’une maturité sans égal. Ou celle de « Geloulmout », nerveuse à souhait autour de breaks expérimentaux planants.

Mais on retrouve également quelques perles sur « Tasweerah ». Prenez « Born Again », par exemple, single parfait qui, dans un monde idéal, inonderait les ondes et dont la vision enlevée constituera un des sommets de la soirée. Pointons encore « Familia Song » dont le développement vers des envolées grandiloquentes laissera pantois, juste avant un « Winrah Marah » tout en crescendo en clôture du set principal.

Le groupe reviendra sur scène pour un rappel entamé avec « Gil Scott », un incroyable inédit chanté en anglais qui nous avait déjà émerveillés il y a deux ans. Il sera suivi de « Dima Maak », point final du concert sur un rythme presque binaire alimenté par des sonorités made in Moog, Jawhar délaissant sa guitare pour la première fois du set sans perdre une once de sa sensibilité. Une autre facette d’un artiste qui n’en manque décidément pas.

SET-LIST
MALGUIT
FOUG LAYYEM
CHSAR
SAYYED EZZIN
SOUTBOUK
SCHIZO
EL MOOJA
BORN AGAIN
GELOULMOUT
FAMILIA SONG
WINRAH MARAH

GIL SCOTT
DIMA MAAK

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