The truth, by I Like Trains

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Alors qu’on les avait pratiquement enterrés, les cinq gaillard d’I Like Trains sont revenus plus forts et déterminés que jamais. « Kompromat », leur premier album en huit ans, n’est en effet pas loin de constituer le sommet d’une carrière approchant tout doucement les vingt ans. Mais surtout, il s’est traduit sur scène par une prestation d’une incroyable intensité dont la Rotonde se souviendra encore longtemps.

« This is the truth! This is the truth! » clame un David Martin plus vénère que jamais… une salade à la main. Ou plutôt ce qu’il en reste après en avoir distribué les feuilles à un public chaud comme la braise. Une référence au livestream organisé mi-octobre par le Daily Star en tablant sur la démission de la première ministre anglaise Liz Truss avant le flétrissement d’une laitue. Pour rappel, c’est le légume qui a gagné. Sur les images flashy diffusées à l’arrière de la scène et aux côtés d’autres personnalités controversées, on y voit d’ailleurs son successeur Rishi Sunak.

Si leurs premières compositions s’inspiraient exclusivement de faits ou de personnages historiques, les natifs de Leeds sont désormais bien ancrés dans la politique du XXIème siècle. « Kompromat », publié entre les deux confinements de 2020, s’est ainsi construit dans un monde à l’instabilité chronique. Et encore, le conflit en Ukraine n’était pas encore entré dans l’équation. En revanche, le Brexit leur a laissé un goût particulièrement amer en bouche, au point de feindre se rendre après le concert au siège de la Commission Européenne à deux pas du Bota pour plaider leur cause.

Ceci dit, ces récentes tensions géopolitiques les ont aidés à accoucher d’une excellente plaque qu’ils vont interpréter ce soir dans sa quasi-intégralité. Balancés d’entrée de jeu et sans la moindre respiration, « A Steady Hand » et « Desire Is A Mess » mettront instantanément le feu aux poudres. Prenants à souhait, ils verront le leader déclamer d’un air sévère tel un prédicateur des punchlines tranchantes (« I am the President », « How do you sleep at night? ») devant un auditoire entièrement acquis à sa cause.

Un leader qui, malgré la fournaise de la Rotonde, gardera son veston durant tout le concert. Ses camarades, eux, la joueront plus cool. Il est loin le temps où ils se produisaient en uniforme des chemins de fer britanniques… Un détail qui ne gâchera en rien une prestation parfaite de bout en bout, transcendée par un visuel moins plombant que par le passé mais toujours en adéquation avec leur vision. Comme sur ce « Dig In » en forme de cri de ralliement pendant lequel se succèderont à l’écran Boris Johnson, Margareth Thatcher, Donald Trump et Jeff Bezos au milieu d’une kyrielle d’autres.

Coincé entre un « Mnemosyne » aux subtiles pointes électroniques et une nouvelle composition post-punk à la Squid nerveuse à souhait (« The Spectacle »), « PRISM » poursuivra la convaincante exploration scénique de « Kompromat » dont les arrangements colorés et les nappes synthétiques pourraient rendre jaloux Editors. Un peu plus tard, le solide « A Man Of Conviction » verra le leader s’égosiller sur le devant de la scène alors que le final dantesque du lumineux « Patience Is A Virtue » fera encore grimper la température de quelques degrés.

Malgré les années qui défilent, ils gardent une affection particulière envers « Progress/Reform », leur impeccable premier EP sorti en 2006. L’interprétation solennelle de « The Beeching Report » (et ses images de chemins de fer en noir et blanc) nous donnera des frissons mais ce sont les versions toutes guitares en avant de « A Rook House For Bobby » et de « Terra Nova » qui nous prendront à la gorge. La voix caverneuse de l’ami David n’ayant sans doute jamais été aussi en adéquation avec les sujets traités (respectivement la mésaventure yougoslave du joueur d’échecs Bobby Fischer en 1992 et l’expédition tragique du Pole Sud de Robert Scott quatre-vingts ans plus tôt).

Ce qui nous amène à « The Truth », le fameux point d’orgue de la soirée, rythmé par une basse groovante et un beat hypnotique. Dans sa seconde partie, le leader s’amusera à lire les paroles sur des fiches qui finiront chiffonnées dans le public avant que les feuilles de la fameuse laitue ne subissent le même sort au milieu de flashes stroboscopiques aveuglants.

Tout en serait resté là que l’on n’aurait pas crié au scandale. Mais ils tiendront à revenir pour un rappel puisé dans « Elegies To Lessons Learnt », le premier album sorti voici quinze ans. Une flippant et ténébreux « Spencer Perceval » (du nom du premier ministre britannique assassiné en 1812) leur permettra non seulement de terminer sur une note euphorique leur dixième concert de rang mais aussi et surtout de clôturer de la meilleure des manières leur tournée européenne. Qui plus est dans leur deuxième salle préférée, juste derrière le Brudenell Social Club à Leeds. Quoi qu’il en soit, on a vécu à la Rotonde un de nos meilleurs concerts de l’année…

SET-LIST
A STEADY HAND
DESIRE IS A MESS
DIG IN
MNEMOSYNE
PRISM
THE SPECTACLE
HELSINKI
THE BEECHING REPORT
A MAN OF CONVICTION
PATIENCE IS A VIRTUE
A ROOK HOUSE FOR BOBBY
TERRA NOVA
NEW GEOGRAPHY
THE TRUTH

SPENCER PERCEVAL

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