NOLTEM – Illusions in the wake

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Il aura fallu du temps à Max Johnson pour donner à son projet Noltem un premier album. Dix-huit ans exactement, entre la création du ʺgroupeʺ (en fait un projet unipersonnel) en 2003 et l’arrivée dans les bacs des disquaires de ʺIllusions in the wakeʺ, sans doute l’un des albums les plus mélodiques publiés par le label Transcending Obscurity. Attention, quand on parle de mélodie pour un label spécialisé dans le métal extrême, il faut garder les proportions. Ne vous attendez pas à entendre du Bon Jovi ou du Rihanna en posant cette plaque sur votre lecteur de disques, CD, mp3, phonographe ou cylindres (ce que vous voulez). On a quand même affaire à du black metal atmosphérique, que certains requalifient déjà en métal progressif, voire en folk metal, toutes classifications qui, de toutes façons, ne rendent pas véritablement compte du style de Noltem.

Une formation qui a mis autant de temps à mûrir un album ne peut pas se contenter d’être classée brutalement dans un tiroir de l’immense armoire du métal avec une petite étiquette autour du cou expliquant que ʺceci est du black stratosphériqueʺ parce que quelques barbons grisonnants moisissant au fond d’une salle de rédaction d’un magazine spécialisé ou croupissant sur un fauteuil bas de gamme devant un ordinateur l’ont décidé ainsi.

Il faut dire que Max Johnson, la tête pensante du concept, a aussi pris le temps d’expérimenter ses inspirations musicales au travers d’autres groupes, comme Aegrimonia ou Wind In The Trees, des combos black et doom metal ayant sévi dans le Connecticut. Sauf que ces deux groupes n’ont pas dépassé le stade de la démo en 2004 et ont vite disparu dans les couloirs de l’oubli, laissant Max Johnson seul en compagnie de son projet Noltem. L’homme se fend d’une petite démo trois titres ʺHymn of the woodʺ en 2005, mais les 50 copies distribuées ne parviennent pas à faire connaître Noltem au-delà d’une périphérie de quelques kilomètres carrés. Il y a peut-être aussi une explication à cette retenue dans l’action commerciale : à l’époque de cette première démo, Max Johnson n’a que 17 ans et il a donc fondé ses premiers groupes Aegrimonia et Wind In The Trees à seulement 14 ans !

On attend donc une dizaine d’années avant de voir revenir l’ado désormais devenu homme, qui engage le batteur John Kerr (ex-Marsh Dweller, ex-Vit) pour mettre au point un EP ʺMannazʺ en 2015. Johnson et Kerr ont en commun un certain goût pour les thématiques portant sur la nature et le paganisme, ce qui va constituer l’esprit de Noltem. Cet EP est déjà un peu plus mélodique que la moyenne dans la catégorie black metal mais il reste néanmoins assez brut de décoffrage, avec un chant écorché vif et une lourde puissance d’exécution.

On laisse encore filer trois ans, avec l’arrivée dans le groupe du bassiste Shalin Shah, un garçon étant passé rapidement dans les rangs du groupe black metal In Human Form et qui opère toujours dans Protolith, un combo sludge progressif. Shalin Shah ne semble pas pressé non plus puisque son Protolith n’a plus fait de disques depuis 2015 et ce n’est qu’en 2021 que sort le premier album de Noltem, ʺIllusions in the wakeʺ. Mais tout cela valait la peine d’attendre, car Noltem offre ici au monde moderne un album d’une grande beauté. Les compositions sont fluides, la mélodie structure le décor musical mais l’esprit du black metal reste fort, notamment par le biais du chant qui reste rugueux et extrémiste. A l’instar du dessin de pochette représentant des montagnes qui semblent fondre (une illustration particulièrement douce et colorée pour un groupe de black metal), la musique semble entourée d’une liquidité qui préside à tous les éléments des morceaux, faisant couler la rythmique et rendant glissantes les parties de guitare. Néanmoins, la mer n’est pas calme pour autant et nous aurons affaire de temps à autre à des rapides qui bousculent l’écoute, à l’occasion d’accélérations tempétueuses où l’on découvre l’incroyable travail polyrythmique du batteur. En ce sens, le premier titre ʺFigmentʺ est tout à fait fascinant.

Mais il n’y a pas que les débuts de cet album qui sont captivants, tout le reste suit. Que ce soit dans les progressions intenses de ʺIllusions in the wakeʺ, les entrelacs de guitares aux prises avec les rythmiques capricieuses sur ʺBeneath the dreaming blueʺ, les magnifiques solos de guitare et les chœurs célestes de ʺRuseʺ ou les grandioses courses épiques quasiment maideniennes du final ʺOn shores of glassʺ, Noltem garde une admirable maîtrise de son sujet, pesant toujours au plus juste les effets grandiloquents pour conserver à son album une cohérence que rien ne peut mettre en défaut.

Si les développements ont été longs ici, la conclusion est brève : on tient ici un des tous meilleurs albums de black metal progressif de l’année 2021. Pour une parution en octobre, il était temps. Et surtout, amis de Noltem, ne mettez pas encore 18 ans de plus pour nous sortir un album de cet acabit. L’attente serait trop insupportable.

Le groupe :

Max Johnson (guitares, claviers)
John Kerr (batterie, chant, claviers, guitars)
Shalin Shah (basse)

L’album :

ʺFigmentʺ (08:32)
ʺIllusions in the Wakeʺ (06:48)
ʺBeneath the Dreaming Blueʺ (07:49)
ʺSubmergedʺ (01:55)
ʺRuseʺ (08:48)
ʺOn Shores of Glassʺ (07:00)

https://noltemband.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/noltem/

Pays: US
Transcending Obscurity
Sortie: 2021/10/15

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