Alcatraz 2019. Libéré, délivré, je ne mentirai plus jamais.

28 Participations

Ouais. Je sais. J’avais juré de ne plus replonger. Dix longues années d’Alcatraz, en principe, cela aurait dû me suffire. Eh bien non ! Un an, jour pour jour après avoir été libéré sur parole, voilà que j’arpente à nouveau la longue allée qui mène au pénitencier courtraisien. La repentance et la réinsertion, ce n’est décidément pas pour moi.


Vendredi 9 août 2019.

15h15. J’ai manqué l’appel matinal. Ici, ça ne pardonne pas ! Je n’ai pas fait plus de  trois pas dans l’enceinte carcérale que, déjà on m’envoie du côté de la Swamp Stage pour un passage à tabac en règle. Mon tortionnaire du jour répond au doux patronyme de Demolition Hammer. Les new yorkais n’y vont pas de main morte. Même s’ils courtisent de très près la soixantaine, Steve Reynolds (Chant, basse) et James Reily (guitares), les deux membres fondateurs du gang, semblent toujours prendre autant de plaisir à nous détartrer les molaires. Leur Thrash Metal ultra speedé dévaste tout sur son passage et, si le chapiteau n’est pas tout à fait bondé, l’accueil réservé au furieux quatuor est plus que chaleureux. Une sanglante mise en bouche pour moi.

Je n’ai jamais été accro au Power Metal hellène standardisé de Firewind et c’est donc d’un pas lourd que je me dirige pour la première fois de l’année vers la prison stage. Je profite de l’état d’esprit négatif dans lequel je me trouve pour maudire les membres de mon gang. Contrairement à moi, aucun d’entre eux n’a récidivé. Jean-Marc, Claude, Jean-Christophe, Sophie, Wendy, Stéphanie, Yann… vous m’abandonnez comme un rat mort dans ce trou fétide et, j’en fais le serment, ma vengeance sera terrible ! Tout comme moi, Taranis, le dieu du ciel et du tonnerre, ne semble pas vraiment apprécier la venue en Gaule de l’envahisseur grec et il nous le fait savoir en vomissant sur l’Alcatraz la plus furieuse averse de la journée. Ne désirant pas me mettre à dos l’une des plus puissantes déités du panthéon gaulois, je m’empresse de faire demi-tour afin de me mettre à l’abri chez l’un des dealers de CDs qui sévissent sur le site. Ceci a le double avantage de garder mon crâne déplumé au sec, tout en débarrassant mon portefeuille de tout le liquide qu’il contient.

Retour vers la Swamp Stage où Vltimas assure l’intérim durant le congé de maternité de la jolie Myrkur. Recruté sur le tard suite au désistement de la sombre donzelle, le gang international réunissant l’ex-vocaliste de Morbid Angel David Vincent et le terrifiant Rune “Blasphemer” Eriksen (Aura Noir, ex-Mayhem) déchaine le chaos. Côté look, Vincent est un peu limite avec son stetson et son long manteau de cuir que l’on croirait sorti du plus poussiéreux de musées du Western Spaghetti. Côté vocaux, par contre, le pseudo pistolero assure toujours un max. Les guitares d’Eriksen sont sombres et pesantes et l’atmosphère est macabre à souhait. Les incantations blasphématoires du gang, en tout cas, apaisent  la colère de Taranis, qui, satisfait, ne repointera plus le bout de son nez humide durant le reste de la journée.

“Était-il vraiment nécessaire de traverser la moitié de la planète pour venir déverser de la merde en boite dans les oreilles de des détenus de l’Alcatraz ?” Voilà la question que je me serais sans doute posée si je n’avais pas eu peur de m’attirer les foudres de nos lecteurs jeunes, tatoués et à la coupe de cheveux impeccable. Mais comme je ne possède pas ce genre de courage, je m’abstiendrai d’émettre une opinion quelconque sur la prestation du groupe Deathcore Australien Thy Art Is Murder. Après avoir apprécié le groupe durant ce que je considère désormais comme le plus long quart d’heure de ma vie, je décide d’aller explorer une toute nouvelle extension du pénitencier : La Morgue. Installée pour la première fois cette année dans un petit chapiteau de cirque, cette nouvelle scène proposera durant tout le weekend des prestations de formations (souvent belges, mais pas toujours) telles que Cowboys & Aliens, Alkerdeel, Psychonaut, Deserted Fear, Black Mirrors, ou encore celle des Français de Glowsun. Ces groupes de qualités, malheureusement, se produiront à la même heure que des groupes jouant sur les scènes principales et j’avoue, à ma grande honte, avoir manqué la plupart de leurs sets. Pour l’heure ce sont les ostendais de Maudlin qui y cassent la baraque dans l’intimité, en présentant un très intéressant mélange de Doom/Stoner et de Post Rock, chanté à quatre voix et joué avec énormément d’âme. Une très bonne surprise.

18h00. Je fonce vers la Swamp Stage. Si vous avez déjà vu Napalm Death sur scène, inutile de vous expliquer. Vous savez pourquoi il ne faut pas en rater une seule seconde. Toujours aussi hyperactif malgré le demi-siècle affiché au compteur, Barney Greenway court, saute, gesticule tout en déversant sur la foule un flot ininterrompu de vociférations furibardes, tandis que le massif Shane Embury torture toutes les tripes de la salle avec ses lignes de basse tapageuses. Les titres sont courts et intenses, à l’inverse des  interactions de Greenway avec le public qui sont souvent longuettes et ouvertement pacifiques. Le discours du hurleur prône, entre autres, le respect pour tous, quel que soit ses origines ou ses convictions religieuses. Il souligne d’ailleurs ses propos en nous proposant une ‘cover’, qu’il affirme être indispensable, de l’hymnique “Nazi Punks Fuck-off” des Dead Kennedys. Sous pression depuis le début du set, le public de la Swamp Stage explose lorsque les Britanniques exhument le mythique “Scum”  de ce premier album qui, en 1987 avait changé la face du Metal extrême. L’une de mes prestations préférées de la journée !

18h50. Il est l’heure de sortir prendre l’air car Queensrÿche se produit sur la Prison Stage. Après Napalm Death, le changement de style est plutôt radical, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Il faut savoir varier les plaisirs. Si le son est franchement pénible, les classiques du groupe sont délectables. Hormis le titre d’ouverture, issu de son dernier album en date, le groupe ne joue que des perles empruntées à ses enregistrements les plus légendaires; de l’EP “Queen Of The Reich” de 1984 au “Promised Land” de 1994 en passant, bien sûr, par l’intemporel “Operation Mindcrime” de 1988. Todd La Torre, qui, on s’en rappelle, a donné son premier concert en Belgique sur les planches de l’Alcatraz en 2012 (à Deinze) alors qu’il officiait encore au sein de Crimson Glory, reprend à la perfection tous les titres créés par Geoff Tate. Pour clore ce véritable “Best Of” live, le groupe nous offre encore un superbe “Eyes Of A Stranger”, que même la qualité médiocre du son n’arrive pas à gâcher. Un très bon moment.

19h50. À peine le temps de passer au bar chercher un peu de lubrifiant, que c’est déjà l’heure d’aller voir Sodom. Rien qu’à voir le décor inspiré par la pochette de l’album “Agent Orange” ; avec ses soldats aux visages couverts de masques anti-gaz dont les yeux brillent dans le noir, je me prends à rêver que, comme Queensrÿche, Tom Angelripper et ses sbires vont jouer la carte de la nostalgie. Et je ne suis pas déçu puisque, les teutons flingueurs balancent au moins trois titres de leur plaque classique de 1987 (“Agent Orange”, “Remember The Fallen” et “Tired And Red”) et vont même jusqu’à exhumer leur mythique EP “In The Sign Of Evil” de 1985 en nous vomissant à la face les terrifiants “Blasphemer” et “Outbreak Of Evil”. Ces derniers mettent d’ailleurs le feu aux poudres en élargissant de quelques mètres le massif et douloureux (pour le statique que je suis)  pogo central. Avant de quitter la scène, Onkel Tom Angelripper, bidon proéminent à l’air, recueille avec un plaisir évident les “Sodom, Sodom, Sodom…” qui fusent de toutes parts.

20h50. Je ne le sais pas encore, mais je suis sur le point d’assister à ce qui sera, pour moi en tout cas, le point d’orgue de ce weekend d’incarcération. Uriah Heep démarre son set en douceur en interprétant deux extraits de son dernier album en date (“Living The Dream”, paru en 2018) avant d’ouvrir la Boite de Pandore et de partager avec nous cinquante ans de l’histoire du Hard Rock. “Rainbow Demon” ouvre la voie à une série ininterrompue de classiques intemporels, réinterprétés avec un bonheur évident et communicatif. À 72 ans, Mick Box (qui fut l’un des fondateurs du groupe en 1969) prend un plaisir évident à se tenir sur scène. Le sourire radieux qui lui barre le visage dès le premier ne le quitte à aucun moment du concert. “Gypsy” dont les paroles sont reprises en chœur par la foule, met en avant l’orgue magique de Phil Lanzon. Les 69 bougies de son dernier gâteau d’anniversaire ne semblent pas vraiment lui peser sur les épaules et il headbange comme si sa vie en dépendait. Un léger break instrumental au cours du classique “Look At Yourself” sert de prétexte à la présentation du groupe et nous permet de découvrir les talents de Russell Gilbrook (un gamin de 55 ans à peine qui cogne les fûts d’Uriah Heep depuis 2008) et de son alter-ego rythmique Davey Rimmer (50 ans, qui y tient la basse depuis 2013). Parler du Uriah Heep actuel sans mentionner l’excellent Bernie Shaw (63 ans, dont 33 passées derrière le micro d’Uriah Heep) serait un crime. Le vocaliste canadien nous le rappelle en tenant l’Alcatraz en haleine sur un “July Morning” tout en atmosphères et absolument grandiose. Mick Box saisit une guitare acoustique pour entamer un “Lady In Black” qu’il nous présente avec amusement comme une “Heavy Metal Folk Song” et dont les “Ah, Ah, Ah,” sont repris à l’unisson par la foule. Le tout grand moment de la journée ! La nuit tombe sur l’Alcatraz lorsque le groupe quitte la scène, pour revenir quelques instants plus tard et nous offrir encore un “Sunrise” d’anthologie et un court, mais intense “Easy Living”.

Difficile de m’intéresser au cas Vio-lence après un tel moment de bonheur. Je suis passé à côté de cette formation Thrash Metal culte californienne au moment de sa gloire et j’avoue que le fait de savoir que Robb Flynn  ait été impliqué dans l’histoire avant de forger sa détestable “Machinette” ne m’a jamais donné envie de me pencher sur le classique “Eternal Nightmare” de  1988. Je passe quand même le nez sous la tente de la Swamp Stage, juste pour ne pas mourir idiot. Manifestement très attendu par tous les autres détenus, le groupe délivre un set intense et sans concession qui balaie certains de mes aprioris négatifs.

C’est la troisième fois que Saxon assure la tête d’affiche de l’Alcatraz. Il s’y  produit pour la première fois en 2009, alors le festival se déroulait encore sur une seule journée dans la salle du Brielpoort de Deinze. Le show de cette année est un peu spécial puisque Biff et ses comparses ont choisi les planches courtraisiennes pour fêter leur quarantième anniversaire. Côté décors, les Saxon ont mis les petits plats dans les grands en dépoussiérant l’aigle  métallique d’antan. Celui-ci plane fièrement au-dessus de la scène lorsque résonnent les premières notes de “Motorcycle Man” et disparait dans la structure métallique une fois le titre achevéLe maitre de cérémonie arbore une veste noire à plusieurs rangées de boutons qui ressemble étrangement à celle qu’il portait déjà lors de son dernier passage à Courtrai. À l’inverse des membres d’Uriah Heep, le sourire ne semble pas être l’une des priorités de Saxon. Dommage. Un anniversaire, c’est plus sympa quand on s’amuse. Nous devons nous contenter de la musique, ce qui, après tout, n’est déjà pas si mal.  Surtout que le groupe a décidé de nous la jouer ‘classique’ en reprenant la plupart de ses plus grands hymnes. Biff présente fièrement chacun des titres en nous donnant son pédigrée : ‘Voici “Wheels Of Steel”, un titre qui date de 1980’…  ou encore ‘nous remontons jusqu’en 1981, avec l’album “Denim And Leather”‘. Au fond de la scène, un écran géant présente des versions animées en 3D des pochettes des albums tandis que les musiciens du groupe évoluent sur une scène à plusieurs niveaux. En milieu de concert, Biff se fend d’un émouvant hommage aux défunts Lemmy, Philty et Fast Eddie avant d’entamer, “They Played Rock’n’Roll” la chanson hommage à Motörhead tirée de l’album “Thunderbolt” de 2018. Les premières notes du classique “The Eagle Has Landed” entrainent, bien sûr, le retour de l’aigle métallique et, avec lui, les acclamations du public. Bien que le sourire soit désormais absent de son visage, Biff reste le manipulateur de foules que nous avons toujours connu et il ne doit pas insister beaucoup pour faire chanter l’Alcatraz. Nous poursuivons la soirée à égrainer les classiques, toutes époques confondues. De “And The Bands Played On” à “Solid Balls Of Rock”  en passant par “Dogs Of War” et “Power And The Glory” jusqu’au “Heavy Metal Thunder” final. Final ? Bien sûr que non. Après quelques instants de semi-incertitude, le groupe réinvestit les planches pour une triplette épique constituée du toujours superbe “Crusader” et des classiques intemporels que sont “747 Strangers in The Night” et “Princess Of The Night”. Un bien bel anniversaire.

Il est près d’une heure du matin, et la route du retour est encore longue. Bien décidé à rentrer chez moi lorsque la dernière bougie est soufflée, je commets la grossière erreur de sous-estimer Opeth. “Je regarde cinq minutes, puis je me casse”. Tel était le plan de départ. Grossière erreur. Le son est incroyable. La prestation est fantastique. La capacité qu’à Mikael Åkerfeldt de passer du guttural au cristallin en deux secondes chrono force l’admiration. Les compositions sont à la fois belles et rageuses et je reste scotché à la Swamp Stage une bonne heure encore. Bluffant.

Samedi 10 août 2019

Pour une série de raisons qui n’appartiennent qu’à moi, je décide de ne pas profiter de la généreuse hospitalité de mes geôliers ce samedi 10 août 2019. Bien sûr, je suis un peu triste de ne pas pouvoir assister aux concerts de Fifth Angel, Sanctuary, Prong, Flotsam & Jetsam, U.D.O., Hypocrisy, Mayhem et Thin Lizzy, mais je me console en me disant qu’un jour, je pourrai dire à mes petits enfants :  “Vous savez, le jour où Avatar a enregistré son concert à l’Alcatraz ? Eh bien, je n’y étais pas!” Je ne vais pas vous mentir, je n’aime pas Avatar et rien que d’avoir manqué leur prestation, je me me sens… libéré, délivré !

Dimanche 11 août 2019

10h30. Je me sens moins seul. Aujourd’hui, c’est le jour des visites et à défaut d’oranges, Stéphanie m’a apporté quelques-unes des spécialités houblonnées de sa bonne vieille ville de Nivelles. Je ne me fais pas d’illusions, je sais que la belle n’est pas venue pour le plaisir de me rendre visite et que ce sont surtout les lèvres lippues de l’ami Lips qui motivent sa présence au pénitencier. Mais avant de pouvoir y être pendue, elle devra encore assister à l’entrée en scène des Thrashers Néozélandais d’Alien Weaponry. Ces derniers démarrent leur show de manière exaltante en exécutant un Haka rituel (NDR : semblable à ceux qui ont été popularisés dans le monde entier par l’équipe de Rugby de Nouvelle Zélande).  Intéressant dans l’ensemble, le Thrash Metal moderne du trio (tout en riffs groovys et sans réel solo) se fait un peu lassant à la longue. Belle entrée en matière quand même.

Pas encore tout à fait remis de l’expérience Deathcore qui m’a été infligée avant-hier par Thy Art Is Murder, je décide de ne pas tenter le diable et je fais l’impasse sur la prestation du gang Metalcore Anversois Off The Cross. Je préfère suivre Stéphanie jusqu’aux barrières de la scène principale où, déjà, Lips, Rob Reiner et l’amusant bassiste Chris Robertson mettent en place (eux-mêmes!) le matériel d’Anvil.  Quel bonheur inexplicable que de voir sur scène le plus authentique des trios Heavy Metal canadiens. Le groupe démarre son set sans autre introduction qu’un “We Are Anvil and We Play Fuckin’ Heavy Metal” beuglé à la sauvette par un Lips déjà hilare. Le guitariste/chanteur/amuseur public alterne les sourires et les grimaces tout en enchaînant les classiques tirés des albums “Metal On Metal”, “Hard’n’Heavy” et “Forged In Fire”, auxquels sont ajoutés un ou deux titres plus récents. “Je vois dans la foule des cheveux gris et même pas de cheveux du tout”, pas de doute, il y a plein de fans d’Anvil ici !”, constate Lips. “J’ai 63 ans”, continue-t-il avant de nous tendre fièrement le majeur et de nous balancer un “Winged Assassins” des familles ! Visiblement pas encore prêt à prendre sa retraite, le père Lips !

Nous jetons, Stéphanie et moi,  coup d’œil rapide et pas vraiment convaincu à Unleashed sur la Swamp Stage avant de retraverser la plaine de l’Alcatraz pour aller assister au retour de Metal Church en terres courtraisiennes. C’est durant ce minitrip inter-scénique que nous tombons nez-à-nez avec notre fidèle ami bipolaire Bernard Henri-Léviathan du webzine Lords Of Chaos / alias YGC du groupe The Losts. Le joyeux néo-barbu  est accompagné du valeureux DGC, qui en plus d’être son frère, est également le guitariste de son groupe. Trop heureux de tomber sur d’autres membres des A.U. (Alcooliques Unanimes) nous nous empressons de rejoindre le bar le plus proche où nous assistons (de loin) à la grand-messe. Le show de Metal Church ne diffère pas vraiment de celui qu’il a donné, ici même, en 2016. Le vocaliste Mike Howe chante toujours aussi bien les titres qu’il a enregistrés que les classiques créés par Dave Wayne au début des années 80. Nous avons droit à quelques classiques du genre comme “Start The Fire” ou “Beyond The Black”, ainsi qu’a deux titres extraits du tout récent “Damned If I Do”. Un show très sympathique, à défaut d’être transcendant.

14h50, it’s  Voivod time. Nous fonçons vers la Swamp Stage pour ne pas rater une seule seconde du show des Québécois. Je n’ai jamais eu l’opportunité de les voir sur scène et j’avoue attendre ce moment avec impatience. Je ne suis pas déçu puisque le groupe est aussi original sur scène qu’il l’est sur album et qu’il nous offre une quarantaine de minutes de folie cyber-thrash-progressive, ponctuée au final, par une version furibarde du “Voivod” de 1984. Incontestablement, mon concert préféré du jour.

15h30, Retour au bar pour assister, de loin, au énième retour de Sacred Reich à Courtrai. Bien qu’il soit ici en terrain conquis, Sacred Reich n’a jamais été inscrit sur la (pourtant très longue) liste de mes groupes Thrash Metal préférés. Sa prestation moyenne du jour ne changera pas la donne. Dans la foulée, je ne suis pas vraiment intéressé non plus au cas du gang Death Metal polonais Decapitated. Tant pis pour moi, j’ai probablement manqué le meilleur show du festival (ou pas).

En 1982, j’aurais sans doute donné le bras (d’un ami, faut pas déconner) pour voir Rose Tattoo en concert. En 2019, l’excitation n’est plus tout à fait la même. La faute à Angry Anderson qui, l’année dernière au Raismes Fest, était monté sur scène bourré comme un coing et n’avait pas vraiment été à la hauteur de mes espérances. Je suis donc un peu sur mes gardes à l’entrée en scène du gang australien. Difficile cependant de rester fâché lorsque le groupe interprète la bande son de ma jeunesse en enfilant des hits tels que “Bad Boys For Love”“Assault and Battery”“Rock’n’Roll Outlaw” ou encore “The Butcher And Fast Eddy”. Bien sur, Anderson picole encore plus que de raison, mais le groupe ne joue pas en tête d’affiche et cinquante petites minutes d’imbibition, ce n’est manifestement pas assez pour le faire rouler sous la table. Un excellent moment donc !

Glen Benton nous avait promis de se suicider le jours de ses 33 ans afin de devenir le nouveau messie satanique. Il a aujourd’hui 52 ans et je me demande si le gaillard ne nous a pas fait un peu de cinéma. Car même s’il décidait de mourir sur scène aujourd’hui, cela lui ferait quand même 19 ans de retard. Tout cela pour vous dire que je n’ai pas très envie d’aller voir Deicide. Tant qu’à voir un acteur sur scène, je préfère encore me farcir Attila Dorn.

Je ne mentirai plus jamais, c’est écrit dans le titre. Et si vous demandez si j’aime Powerwolf, je vous répondrai dans l’affirmative. J’adore l’un de leurs albums. Lequel ? Me demanderez vous. Peu importe l’un d’entre eux… Ils se ressemblent tous. Comme Sabaton, le groupe mené par le vocaliste Attila Dorn (NDR : à moins que cela ne soit par le claviériste Falk Maria Schlegel… la chose est un peu confuse dans mon esprit simplet puisque ce dernier est plus souvent à l’avant de la scène que derrière ses claviers) a trouvé sa ligne de conduite et il l’étire au maximum. Et en live, me demanderez vous ? Même chose. J’aime tous les concerts auxquels j’ai pu assister. Surtout le premier. Parce que tous les autres lui ressemblent. Inutile de le nier, les concerts du quintette vampirico-lycanthrope (chercher l’erreur) sont très agréables à regarder. Ils offrent de l’action, de l’humour, de l’horreur, de jolis décors et de très jolies chansons… surtout celles de l’album que j’aime bien ! Je prends donc énormément de plaisir pendant celui-ci, parce qu’il me rappelle beaucoup le premier, celui que j’avais eu tant de plaisir à regarder. Mon concert préféré de Powerwolf… comme tous les autres.

Après tant d’émotions, le besoin de nous asseoir se fait cruellement sentir. Un petit voyage vers le parking s’impose. Pendant que Stéphanie et moi comparons nos vies afin de déceler le moment où tout à foiré, Tesseract investit le Swamp pour donner le meilleur concert de la journée. Assis au chaud dans ma Toyota déglinguée, nous n’avons aucune idée de ce que nous manquons… probablement.

Nous revenons sur le site alors que Meshuggah termine son set. Gros son et grosse attitude sont au rendez-vous. Un régal pour celles et ceux qui aiment voir des Suédois se muter la palme tout en s’astiquant l’ego. Un ennui mortel pour les autres. Heureusement il y a encore des groupes comme Rotting Christ pour nous montrer que le gros son n’est rien, si on n’a pas les tripes qui vont avec. Difficile de faire plus burné que le concert des Grecs sur la Swamp Stage. Ici tout est une histoire de noirceur. La montée d’adrénaline est palpable dès les premières secondes du show. L’aura négative que dégagent les frères Tolis (Themis à la batterie et Sakis au chant et à la guitare) est absolument phénoménale. L’Alcatraz se laisse emporter par la vague de noirceur et la sécurité a bien du mal à canaliser l’afflux de surfers qui sillonnent la foule en direction de la scène. Comme celle de Voivod un peu plus tôt dans la journée, la musique distillée par Rotting Christ est aussi violente qu’originale. Les grecs ajoutent à la recette une dose d’intensité qui nous laisse sur le cul. Un autre tout grand moment de cet Alcatraz 2019.

La journée touche à sa fin. Enfin, pas tout à fait, puisqu’il nous reste le plat de résistance. Rotting Christ n’a pas encore joué sa dernière note qu’Avantasia entre déjà en scène au son de la 9e symphonie de Beethoven. Le décors est absolument somptueux. Outre le batteur Felix Bohnke (Edguy) caché derrière une paroi de verre, le guitariste/chanteur Oliver Hartmann (ex-At Vance), le guitariste Sasha Paeth (ex-Heaven’s Gate), le claviériste Michael Rodenberg et le bassiste André Neygenfind, trois choristes accompagnent constamment Tobias Sammet sur les planches de l’Alcatraz. Il s’agit du chanteur allemand Herbie Langhans (Beyond The Bridge, Voodoo Circle), de la chanteuse/growleuse américaine Adrienne Cowan (Seven Spires) et de la vocaliste allemande Ina Morgan. Avantasia oblige, de nombreux invités apparaissent et disparaissent durant la prestation. Au nombre des habitués à l’exercice on reconnait le bellâtre vieillissant Eric Martin (Mr Big), le talentueux patriarche Bob Catley (Magnum) et le fier viking Jørn Lande. La grande surprise de la soirée nous est offerte lors de l’apparition du génial Geoff Tate (Operation Mindcrime, ex-Queensrÿche) qui nous fera le plaisir de poser ses magnifiques vocaux sur trois titres (deux en solo, et un en duo avec son compatriote Eric Martin) et bien sur, de participer au rappel final (“Sign Of The Cross/The Seven Angels”) en compagnie de tous les membres de la troupe. Comme toujours, Tobias Sammet frise la perfection dans son rôle de maître de cérémonie. Sympathique, amusant (hilarant, même, lorsqu’il titille (à de nombreuses reprises) les “riches VIP” du balcon) et bien sur, irréprochable vocalement. Une excellente fin de festival, même si elle a un peu de mal à rivaliser avec la prestation épique que nous avaient offert Helloween et les Pumpkins United l’année dernière à la même heure.

Minuit vingt. L’heure de Soulfly pour les amateurs et du genre et les sympathisants de Max Cavallera. N’étant pas de ceux-là, je préfère reprendre ma liberté !


Photos © 2019 : Ann Kermans, Elsie Roymans, Gino Van Lancker et Stijn Verbruggen.

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