POLICA, entre trip hop et Auto-Tune

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Notre périple à l’Ancienne Belgique à raison d’un concert tous les deux jours se poursuit puisqu’après Foals et Dog Is Dead, c’était au tour de Poliça de se produire dans le complexe du boulevard Anspach ce mardi 19 mars. Le groupe emmené par Channy Leaneagh a en effet investi la grande salle qui n’était pas loin d’afficher complet.

Si le nom de la première partie, Barbarossa, peut prêter à sourire, il en sera autrement dès que le chanteur James Mathé va s’approcher du micro pour entamer son set. Sa voix mélancolique parfaitement adaptée aux atmosphères qui se dégagent de son clavier et de ses appareils électroniques en tout genre va instantanément fasciner l’audience. Il faut dire que la tête pensante du projet a une certaine expérience puisqu’il a fait partie des musiciens de tournée de Jose Gonzales.

Simplement accompagné d’un batteur, il va parvenir à imposer son univers langoureux teinté de légers loops électroniques à tendance pop. Il va même nous gratifier d’une impressionnante cover du “Wishing Well” de Terence Trent D’Arby aux contours que n’aurait pas renié The xx avant de partir dans un délire expérimental sobre et mesuré. Pour la petite histoire, il s’agissait de sa deuxième prestation de la journée puisque le matin même, il avait égayé la conférence de presse de présentation des Nuits Botanique. Il sera d’ailleurs à l’affiche de cet événement le 8 mai en support de Low. À bon entendeur…

Sans faire de bruit, Poliça, groupe originaire de Minneapolis dont la couverture médiatique reste relative, a réussi à tirer son épingle du jeu, principalement grâce à un premier album captivant, “Give You The Ghost” (sorti en février 2012). On avait notamment eu l’occasion de les voir à Dour l’été dernier, mais l’ambiance d’un festival et surtout la gadoue n’avaient clairement pas mis en valeur les qualités du collectif.

Huit mois plus tard, toutes les conditions sont réunies pour assister à un tout autre spectacle. Le légendaire son limpide de l’AB va en effet emmener les compositions de la charismatique Channy Leaneagh vers des sommets insoupçonnés à l’écoute du disque. Et ce, même si sa voix se retrouve en permanence bourrée d’effets (elle ne s’en cache d’ailleurs aucunement). On va même affirmer qu’il s’agit là de l’une des caractéristiques essentielles de leur environnement sonore.

Au travers de “The Maker”, ils vont choisir un impeccable titre d’intro qui va progressivement prendre de l’ampleur et faire en sorte d’amener le public dans le vif du sujet. Parallèlement, les jeux de lumière intelligemment mis en place participent grandement au show, à l’instar des pas de danse sensuels de la chanteuse. Sa classe naturelle dégage quelque chose de fascinant qui éclipse tout ce qui gravite autour d’elle. Tous les regards sont braqués sur cette grande fille au regard un peu sévère et à la longue robe noire dont le timbre de voix hésite entre ceux de Dido et de Björk, voire, dans une moindre mesure, de Sade.

Pour peu, on ne remarquerait pas que deux batteurs se trouvent sur scène. D’ailleurs, on finit par se demander la raison pour laquelle ils s’encombrent d’un second cogneur car, à de rares exceptions près (“Leading To Death” par exemple), ils jouent à l’unisson. Et ce n’est certainement pas pour ajouter de la puissance… En revanche, on peut considérer la basse comme une pierre angulaire. Qu’elle soit groovante, chantante ou ronflante, elle est de plus maniée par un musicien très expressif d’un point de vue corporel.

À l’écoute d’“I See My Mother” ou de l’excellent “Fist Teeth Money”, on a l’impression d’assister à une sorte de revival trip hop, même si on sent une volonté d’apporter un plus grâce à des sonorités dans l’air du temps (la technologie est omniprésente). On pense ainsi souvent à un Morcheeba des temps modernes dont le morceau de bravoure s’appelle “Dark Star”, tube à la vibe sexy dont l’interprétation live va faire vibrer nos tympans et retourner la salle.

Si l’on fait abstraction des paroles un chouia dépressives de “Happy Be Fine” et de “Wandering Star”, on se laisse aisément emporter par la force invisible qui ne laisse aucun spectateur immobile. Quant aux déluges de décibels qui caractérisent “Violent Games” et “Amongster”, ils mettent clairement en doute notre affirmation concernant le double jeu de batterie. La chanteuse, elle, sera comme habitée par un esprit et terminera le set principal dans un état proche de la transe…

Le set connaîtra un prolongement somme toute minime puisque le groupe reviendra pour un ultime titre, un nouveau morceau qui n’apportera rien de neuf à une histoire qui s’apparentait déjà à une belle réussite. Une question pertinente reste toutefois d’actualité. Où serait Poliça sans un logiciel comme Auto-Tune ? Finalement, peu importe la réponse, l’AB a vécu ce soir un nouveau moment envoûtant…

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