Les Manic Street Preachers à l’AB : entre passé, présent et futur(ology)

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Les Manic Street Preachers l’avaient promis et ils sont en passe de tenir parole. Leur déroutant onzième album, “Rewind The Film”, sera bien suivi moins d’un an plus tard par le douzième puisque “Futurology” atterrira dans les bacs le 7 juillet prochain. L’occasion de faire d’une pierre deux coups ce mardi 27 mai à l’Ancienne Belgique, une salle dans laquelle ils ne s’étaient plus produits depuis 2002. En revanche, le groupe qui les accompagne sur cette tournée, Public Service Broadcasting, avait déjà occupé cette position sur cette même scène en novembre dernier, lors de la venue de Girls In Hawaii. Avec dix minutes d’avance sur l’horaire (il était 19h35), le duo londonien aux influences rétro futuristes a lancé son show alliant dialogues vintage issus de courts-métrages en noir et blanc projetés sur un écran de télévision géant et beats résolument actuels.

Ils vouent en tout cas un culte inconditionnel aux sixties d’un point de vue visuel, poussant le guitariste bidouilleur sonore à adopter une coiffure d’époque et à porter des lunettes aux branches qui devaient faire fureur dans le swinging London. Musicalement, par contre, on se trouve dans une mouvance résolument actuelle alliant les meilleurs moments des Chemical Brothers aux expérimentations sonores de Factory Floor. Le tout avec un humour british décalé et un concept qui va jusqu’à pré enregistrer leurs interventions entre les morceaux d’une voix trafiquée. Outre la curiosité qu’est leur contribution au Record Store Day de cette année (“Elfstedentocht”, en néerlandais dans le texte), c’est “Everest”, tout en crescendo, qui achèvera de convaincre les plus réticents.

Les Manic Street Preachers avaient fait fureur l’an dernier en annonçant la sortie de deux albums radicalement différents sur une période relativement courte. “Rewind The Film” est arrivé en septembre et montrait une facette inhabituelle du trio gallois, presque swing cabaret qui, bizarrement, ne leur allait pas trop mal. Dans un gros mois arrivera la suite, “Futurology”, avec un retour annoncé aux influences rebelles dont ils sont friands. Des extraits de cette future plaque allaient donc être présentés en avant-première ce soir.

C’est toutefois d’une manière traditionnelle que les choses se sont mises en mouvement, au travers de “Motorcycle Emptiness”. Sur scène, mis à part part la pochette de “Futurology” en bannière de fond et deux drapeaux gallois sur les amplis de droite, rien de bien extravagant ni de révolutionnaire. En revanche, si le costume et la cravate de James Dean Bradfield cadrent parfaitement avec les ambiances de “Rewind The Film”, il fait un peu tache lorsque ce dernier décoche des riffs de guitare incendiaires ou saute sur place.

À sa gauche, un Nicky Wire très sobre a abandonné jupe et froufrou pour une veste en cuir et des lunettes de soleil que n’aurait pas renié Christian Bale dans American Hussle. Le batteur Sean Moore, quant à lui, a enfilé des gants, histoire de décupler ses coups de baguette. Ils sont accompagnés par deux musiciens de tournée, le guitariste Wayne Murray et le claviériste Nick Nasmyth, deux vieilles connaissances.

Avec “You Stole The Sun From My Heart” et “Ocean Spray” (l’émouvant morceau composé par le chanteur pour sa maman en train de mourir), ils vont se mettre en place. Le public va lui aussi rentrer progressivement dans un concert à l’abondante set-list (22 morceaux tout de même) qui va survoler l’ensemble d’une carrière exemplaire loin d’être exhaustive.

Pour preuve, les trois nouvelles compositions jouées ce soir qui promettent effectivement une fureur retrouvée. Parmi celles-ci, outre le single “Walk Me To The Bridge” (au clip haletant) qui alterne guitares inquiétantes et refrain pop, “Europa Geht Durch Mich” distille une atmosphère aussi glaciale que son titre alors que la plage titulaire à la rugosité aiguisée n’est pas la moins représentative d’un esprit contestataire qu’ils revendiquent.

À ce propos, “The Holy Bible”, leur troisième album qui fête cette année ses vingt ans, reste leur sommet en terme d’anti conformité ou, comme le précisera justement Nicky Wire ce soir, “an anti-Britpop masterpiece”. C’était quelques mois avant la disparition mystérieuse de Richey Edwards, dont les textes anarchistes ont façonné la réputation du groupe. Un hommage lui sera d’ailleurs rendu par ses camarades au moment d’entamer “Die In The Summertime”. Un peu plus tard, un autoritaire “Revol” correspondra parfaitement à la nouvelle tenue du bassiste (qui s’est changé entre-temps), genre de tablier de guindaille réalisé par un étudiant punk. On passera en revanche sur les paillettes et son maquillage blême à faire peur.

Leur dernier album en date n’a bien entendu pas été oublié, contrairement à leur précédent passage dans nos contrées au festival Crammerock où ils n’avaient chanté que le single “Show Me The Wonder”. Ce soir, ils vont nous gratifier en complément d’une excellente version de “Rewind The Film” sur laquelle la voix de Richard Hawley a parfaitement été imitée par un James Dean Bradfield inspiré. Il va également rendre justice à “This Sullen Welsh Heart” dans une version acoustique à laquelle succèdera une autre, tout à fait dépouillée et presque méconnaissable de “Kevin Carter”.

Le groupe, visiblement ravi d’être là, va se montrer de plus en plus prolixe et Nicky Wire ne tarira pas d’éloges sur les personnalités belges qui les ont influencés. Si l’on comprend le lien avec Jacques Brel et René Magritte, celui-ci est beaucoup moins évident par rapport à Enzo Scifo et Jan Ceulemans… Ils se rappelleront également de leur premier passage en Belgique dans un VK aux trois quart vide.

Le reste de leur prestation va intelligemment se répartir entre hit singles (“Your Love Alone Is Not Enough”, “A Design For Life”) et extraits d’albums plus obscurs (“No Surface All Feeling”, “Elona/Alone”). Sans oublier leur réinterprétation musclée de “Suicide Is Painless”, une cover du générique de la série télévisée M*A*S*H qui allait devenir le premier top 10 anglais du groupe en 1992 suite à son inclusion sur une compilation orchestrée par le NME cette année-là.

Il convient également d’admettre que James Dean Bradfield reste un sacré guitariste et ses riffs inspirés de la période dorée des Guns n’ Roses ne sont pas étrangers à la trame de titres comme “Stay Beautiful” et “You Love Us”, véritables hymnes scandés le poing levé. Un petit clin d’œil sera d’ailleurs esquissé avec quelques mesures de “Paradise City” avant de se lancer dans un “Motown Junk” destructeur.

Sans surprise, c’est leur hit single “If You Tolerate This Your Children Will Be Next” dans une version particulièrement réussie qui servira d’épilogue à un concert qui l’aura été tout autant. Cela ne suffira toutefois pas à les faire renoncer à leur devise : no encore ! Bah, tant que l’intensité est présente le reste du temps…

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