Nuits du Bota 2015 : Tobias Jesso Jr et son piano magique

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Peu importe les attentes, avec trois salles, un chapiteau et un Cirque Royal, on trouve toujours son compte aux Nuits du Bota. Ce mercredi 13 mai, c’est la carte découverte qui nous a menés au Grand Salon pour le premier concert sur le sol belge de Tobias Jesso Jr. Il est vrai que l’intimité de l’endroit convenait parfaitement aux atmosphères feutrées qui allaient jalonner la soirée. Tapis et sièges confortables ornent l’endroit, avec interdiction formelle d’y pénétrer une boisson à la main. Lors de notre arrivée, Walter Hus (le chauffeur de salle maison) terminait sa mini prestation au piano.

Puis est arrivée sur scène (même s’il n’y a pas vraiment de scène puisque les musiciens sont au même niveau que le public) Flo Morrissey avec sa guitare acoustique. Pour l’info, il ne s’agit pas de la fille cachée d’un certain Steven Patrick de Manchester mais d’une petite demoiselle timide aux cheveux longs qui interprète ses compositions en se projetant dans leurs univers mélancolique. Il faut dire que sa voix frêle et enfantine aux lointaines intonations de Kate Bush ou d’An Pierlé leur donne un cachet délicat.

Ceci dit, une position statique, un manque d’expression et une monotonie toute relative finiront par lasser quelque peu un public attentif et respectueux. En tout cas jusqu’à cette reprise toute personnelle du “In A Manner Of Speaking” de Tuxedomoon (bien plus troublante que celle de Nouvelle Vague) et à “Why”, le seul titre interprété au piano qui a instantanément dégagé un sentiment de bien-être. On risque d’entendre parler de ce petit bout de femme dans les prochains mois, c’est certain.

Aussi curieux que cela puisse paraître, le piano n’a pas toujours été l’instrument de prédilection de Tobias Jesso Jr. Le cœur brisé par une rupture sentimentale et au chevet de sa maman atteinte d’un cancer, il s’est installé devant l’instrument de sa sœur et, trois jours plus tard, avait composé sa première chanson (“Just A Dream”, sans surprise émotionnellement chargée). C’était en 2012. Jusque-là, le canadien avait tenu la basse dans un groupe de Vancouver avant de tenter sa chance en Californie, sans succès.

Aujourd’hui, les magazines spécialisés n’ont d’yeux que pour lui, d’autant que son premier album (“Goon”, produit par Chet White, ex-Girls) n’en finit pas de récolter des critiques dithyrambiques. Le Grand Salon est complet ce soir et c’est sous une acclamation que le bonhomme a fait son entrée avant de s’asseoir derrière son piano et d’entamer son set, contre tout attente, avec une reprise de Big Star (“Thirteen”). Une manière comme une autre de se mettre en jambes.

“Can We Still Be Friends” et “Bad Words” vont toutefois nous faire comprendre que la clé de la soirée résidera dans l’interprétation de ses compositions personnelles, dans lesquelles il se dévoile complètement. Le public n’aura aucune peine à se plonger dans son monde, surtout qu’il va abondamment discuter entre les morceaux, sans jamais en faire de trop. Au contraire, ses interventions vont le rendre attachant.

On va ainsi apprendre que son tour manager est belge, que le début de sa reconnaissance est en partie dû au site La Blogothèque pour lequel il a interprété “Without You” et qu’un de ses meilleurs titres, l’excellent “True Love”, n’a pas été retenu pour son album (sa version ce soir va nous donner des frissons…). En attrapant la guitare de Flo Morrissey (qui boit un thé sur le côté de la scène) et de l’ajuster avec humour (ils n’ont pas vraiment la même carrure), il avouera qu’il a commencé par jouer du saxophone avant d’apprendre la six cordes.

“The Wait” et surtout “Tell The Truth” vont démontrer qu’il est autant à l’aise avec celle-ci que derrière un clavier, même si le précité “Just A Dream” et le magnifique “Hollywood” (avec une imitation buccale d’un son de trompette) vont remettre le piano à l’honneur. Et que dire de “Can’t Stop Thinking About You ou de sa bouleversante reprise de “Georgia On My Mind”. Comment ce type a-t-il pu passer inaperçu pendant autant d’années ? Les spectateurs, eux, savent qu’ils ont fait le bon choix ce soir et c’est sous une ovation cent fois méritée qu’il rejoindra les coulisses au terme du sulfureux “How Could You Babe”.

Il reviendra pour un titre supplémentaire à la guitare, l’autobiographique et touchant “Mother Sweet” qui va presque nous arracher des larmes (pour la petite histoire, sa maman a entre-temps vaincu la maladie). On a trouvé notre révélation des Nuits et, sans doute de l’année. Pour ceux qui ont manqué cela, il sera de retour à l’Orangerie le 22 novembre.

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