Bodega comme un seul Ohmme

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Nouvelle sensation post-punk New Yorkaise, Bodega a publié l’an dernier “Endless Scroll”, sans conteste un des meilleurs albums de 2018. Le collectif frappadingue originaire de Brooklyn entamait à la Rotonde du Botanique sa tournée européenne.

La soirée débutera toutefois par une curiosité via Gong Gong Gong, un duo aussi atypique que son nom. Basé à Pékin, il se compose d’un guitariste à la physionomie locale et d’un bassiste davantage expat. Tous deux arborent un polo blanc bardé de caractères chinois rouge vif et s’arrangent pour rendre toute aide extérieure superflue via leurs deux instruments.

Si ce n’est une voix orientale (celle du guitariste à l’air sévère), des riffs hypnotiques et précis répondent en effet à une basse crasseuse et proéminente qui claque à la manière d’un Peter Hook. Le tout se terminera au beau milieu du public au son d’un instrumental potentiellement destiné à illustrer un western asiatique imaginaire dont l’action finit par mal tourner.

Ajoutés à l’affiche en presque dernière minute, les deux nanas de… Ohmme et leur batteur construiront patiemment leur set, au risque de perdre une partie du public dans le process. Macie Stewart et Sima Cunningham mettront d’abord en exergue leur dextérité à la guitare et leurs douces voix complémentaires au service de compositions en pseudo crescendo un peu trop proprettes par rapport à la physionomie de la soirée.

En tout cas jusqu’à ce qu’elles trouvent le bouton disto de leurs pédales à effets et que l’ingé-son ne pousse le volume dans le rouge avant une cover bien couillue du “Give Me Back My Man” des B-52’s. La suite passera comme une lettre à la poste, entre envolées noisy, délires vocaux et final déstructuré. Ceux qui ont baissé les bras trop rapidement s’en mordent encore les doigts…

En mai dernier, les New Yorkais de Bodega avaient ouvert pour Moaning au Club de l’AB, quelques semaines avant la sortie d’“Endless Scroll”, leur premier album. Un album produit par Austin Brown (co-leader de Parquet Courts) qui se retrouvera bien classé dans bon nombre de référendums de fin d’année. Une juste récompense pour le groupe emmené par les personnalités radicalement opposées de Ben Hozie et Nikki Belfiglio, les deux têtes pensantes du projet mis en place après la séparation de Bodega Bay en 2016.

Ils ont non seulement profité de l’occasion pour raccourcir le nom du groupe mais surtout pour migrer d’un son lo-fi rugueux à la Pavement ou Sebadoh vers des influences carrées et glaciales à la Wire ou Gang Of Four. Tout en prenant soin de conserver leur identité from NYC. Sur scène, mis à part une intro à deux doigts de taper sur le système, ils ne vont pas traîner à imposer leurs vues et surtout l’infernale cadence saccadée qui caractérise leurs compositions.

Celles-ci se basent essentiellement sur un échange vocal soutenu entre Ben le guitariste discret qui déclame ses textes (“Bodega Birth”) et Nikki la percussionniste extravertie qui alterne parties mélodieuses (“Bookmarks”) et cris stridents (“Gyrate”, hymne à la masturbation féminine), quand ce ne sont pas les deux à la fois (l’excellent “How Did This Happen?”). Cette dernière balance des jingles à l’aide d’un sequencer en guise d’intermède entre les morceaux, sans toutefois apporter une réelle plus-value à l’ensemble.

En revanche, les autres membres du groupe (une bassiste aussi impassible que celle de Savages, une nouvelle batteuse la boule à zéro qui joue debout et un guitariste hyperactif) participent activement au développement de titres un peu à l’étroit sur disque qui prennent une réelle dimension sur scène. On pense notamment au bref mais intense “No Vanguard Revival” qui déclenchera de sérieux mouvements de foule mais également à l’hypnotique et délirant “Jack In Titanic” ou au groovant “Name Escape” qui aurait fait le bonheur de Chk Chk Chk.

La fin du set principal passera d’un de leurs titres les plus mélodieux (“Williamsburg Bridge”) a sans doute leur plus rebelle (l’inutilement allongé “Truth Is Not Punishment”) pendant lesquels Miss Nikki deviendra complètement dingue. Une énergie qu’elle conservera lors des rappels en crescendo ponctués par un nouveau titre particulièrement noisy qui pourrait anticiper une nouvelle direction. Ce groupe a visiblement encore un paquet de trucs à raconter…

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