ANYONE – On the ending earth…

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Il y a des groupes qui ont développé un art consommé de la discrétion, voyageant avec obstination sous tous les radars et passant par conséquent inaperçus au moment où ils auraient pu percer. Anyone est de ceux-là et on peut se demander si son nom n’y est pas pour quelque chose. L’histoire remonte déjà à loin puisqu’Anyone est fondé en 1995 à Huntington Beach, à l’initiative d’un certain Riz Story. A l’époque, on est en plein ramdam rock alternatif, entre les derniers feux du grunge et les poussées du nu-metal, alors que l’on redécouvre en même temps les lointains précurseurs du rock psychédélique ou du hard rock des années 70. C’est dans ce contexte que Riz Story place son groupe, avec l’apport du batteur Taylor Hawkins (qui n’a pas encore rejoint les Foo Fighters). Ce dernier ne reste pas trop longtemps et Anyone sort un premier album ʺRats live on no evil starʺ en 1995, avant d’être signé chez le prestigieux label Roadrunner qui sort son deuxième album éponyme en 2001. Le disque reçoit un bon accueil critique mais est boudé par le public, qui s’est déjà éloigné des préoccupations musicales d’Anyone, toujours ancré dans les années 90 alors qu’on est déjà au 21e siècle.

Il faudra finalement attendre près d’une quinzaine d’années pour retrouver une trace discographique d’Anyone avec un troisième album ʺEchoes and tracesʺ (2016), dont le single ʺFly awayʺ figure dans le premier film réalisé par Riz Story, ʺA winter roseʺ, et devient l’une des chansons les plus écoutées du moment sur les plateformes digitales américaines. Ce troisième album est en fait une reconversion du premier album d’Infinika, un groupe monté par Riz Story, avec David Silveria (Korn) à la batterie et auteur d’un album en 2014.

Riz Story persiste et signe cette année un quatrième album pour Anyone. Il y joue de tous les instruments mais s’entoure néanmoins de trois invités sur des titres précis : Jon Davison de Yes joue de la basse fretless sur ʺThought I wasʺ, Miles Martin joue de la basse sur ʺSip the pleasure of daysʺ et Ethereal vient faire du piano sur ʺA brief sparkle in the nothingnessʺ. Comme son titre l’indique, cet album apporte un message peu optimiste à l’humanité, Riz Story ayant écrit des chansons sur les idées d’écroulement de la civilisation. Il y est question d’espèces en voie de disparition (ʺIt’s already too lateʺ, ʺLamentʺ), des blessures infligées à la planète Terre (ʺMother superiorʺ) et des moyens qu’a l’humanité de vivre dans un monde qui voit disparaitre la cohérence sociale et les biotopes (ʺAll that live is born to dieʺ, ʺA brief sparkle in the nothingnessʺ). Le titre final ʺFade to blackʺ parle de lui-même, il exhorte l’humanité à disparaître, puisqu’elle ne peut rien faire d’autre que de salir la planète.

Tout cela est bien joli du point de vue philosophique mais du point de vue musical, il semble qu’on soit aussi ici en présence d’une espèce en voie de disparition. Avec ses influences Rush, Tool, son chant oscillant entre Led Zeppelin et Jane’s Addiction, ses petites percées dans un grunge psychédélique à la Stone Temple Pilots ou une gravité héritée d’Alice In Chains, Riz Story voyage dans ses souvenirs de jeunesse et amalgame les sonorités de l’époque, c’est-à-dire des choses qui remontent quand même à un bon quart de siècle. Si les titres des débuts sont encore assez alléchants, le fait que l’album dure plus d’une heure fait verser l’ensemble dans le piège classique du disque trop plein, inévitable source d’ennui à un moment ou à un autre. Ici, c’est le troisième quart du disque qui donne un peu soif à la montée, avec une succession de titres lents et tristounets (ʺLamentʺ, ʺSipʺ) ou perdus dans un labyrinthe progressif rushien (ʺSister wrongwrayʺ). On reprend quelques vitamines pour la fin avec les grosses guitares et les ambiances Korn/Alice In Chains de ʺA love letter to humanityʺ, mais les ambiances compassées et emphatiques des deux derniers morceaux ʺDie with meʺ et ʺFade to blackʺ terminent de donner un côté un petit peu daté à ce disque, dont l’auteur croit encore sans doute que c’est Bill Clinton qui est président des Etats-Unis et que les tours du World Trade Center sont toujours debout. Le tout reste quand même intéressant mais on connaît toutes les ficelles qui sont dans la boîte.

Le groupe :

Riz Story (tout)

L’album :

ʺIt’s Already Too Lateʺ (4:30)
ʺMother Superiorʺ (4:07)
ʺSip the Pleasure of Daysʺ (3:22)
ʺAll That Lives Is Born to Dieʺ (10:07)
ʺThought I Wasʺ (3:54)
ʺA Brief Sparkle in the Nothingnessʺ (7:52)
ʺLamentʺ (4:55)
ʺSister Wrongwayʺ (5:28)
ʺWantʺ (2:40)
ʺSipʺ (1:10)
ʺA Love Letter to Humanityʺ (3:34)
ʺDie With Meʺ (4:37)
ʺFade to Blackʺ (7:28)

Pays: US
TogethermenT Records
Sortie: 2020/08/21

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